24.3.17

Cultures du pastel, de la gaude, et de la garance. Culture de la Garance.

Cultures du pastel, de la gaude, et de la garance,
A l'usage des Cultivateurs & des Manufactures.
Par M. Le Pileur D'Apligny.
A Amsterdam, Et se trouve à Paris,
Chez Moutard, Libraire de la Reine, Quai des Augustins.
M. DCC. LXXVI.
1776.
On a vu paroître, depuis environ vingt ans, plusieurs Traités sur la culture de la Garance. M. du Hamel, de l'Académie des, Sciences, a donné à ce sujet, dans ses Élemens d'Agriculture, une Dissertation très-instructive, qui a été imprimée séparément. Le Journal de Berne, de 1765, contient un Mémoire de M. Tschifelli, qui expose la méthode qu'il a suivie avec succès, pour cultiver cette plante dans ses terres. Il est traité assez amplement de sa qualité, de sa culture, & de ses préparations dans le Dictionnaire de l'Encyclopédie. Nous avons aussi un petit Traité, de M. Lesbros, sur la même matiere, assez conforme à la Dissertation de M. du Hamel avec quelques additions. Nous avons en outre les plus grandes obligations en particulier aux recherches & aux découvertes de M. d'Ambournay, contenues dans les Mé moires qu'il a donnés sur cette culture à la Société d'Agriculture de Rouen.

Quoique ces différentes instructions m'aient servi de guide pour celles que je publie aujourd'hui, je ne pense pas qu'on puisse me blâmer, si j'écris encore sur la même matiese, & si, en mettant leurs différentes méthodes en opposition, j'adopte ou je rejette à mon gré les regles de culture que les uns & les autres ont proposées. La diversité & même la contrariété de leurs méthodes suffisent pour faire comprendre que les unes peuvent être préférables aux autres. Je les rapporte presque toutes, & je ne prends la iberté de dire mon sentiment qu'en apportant des raisons de préférence, & sans prétendre y astreindre le Lecteur, ni l'empêcher d'essayer ou de suivre la méthode qui lui plaira le plus.

Entre toutes les especes de Garances dont on pourroit employer les racines pour la Teinture, les deux especes qu'on cultive ordinairement sont, celle qui croît naturellement dans tous les Pays de l'Europe, & qu'on cultive en particulier dans la Flandre & dans la Zélande, connue des Botanistes sous le nom de Rubia tinctorum sativa. La seconde espece se cultive dans tout le Levant, & paroît être la même que celle qui est nommée Rubia sylvestris Mons-pessulana major. On pourroit soupçonner que celle-ci n'est qu'une variété de la précédente; elle n'en différe en effet, que par un port plus foible, parce qu'elle est plus délicate, & que ses feuilles sont plus lisses: mais ces différences peuvent venir uniquement du sol, du climat & de la culture. Je vais commencer par la description de la Garance commune & indigene.

Cette plante pousse des tiges longues sarmenteuses, quarrées, noueuses, rudes au toucher, qui se soutiennent fort droites. Ces tiges poussent à l'endroit de leurs noeuds, cinq à six feuilles d'un verd obscur, étroites & longuettes, qui l'environnent en forme d'étoile, hérissées de poils, & garnies à l'entour de petites dents qui s'attachent fortement aux habits. Les fleurs naissent au sommet des branches, & ont la forme de petits godets partagés en cinq ou six parties, disposées en forme d'étoile, d'un jaune verdâtre. Il succéde à cette fleur un fruit composé de deux baies, assez semblables à deux grains de géniévre, attachées en semble & remplies de suc: elles sont d'a bord vertes, puis rouges, & enfin noires quand elles sont mûres. Chacune de ces baies renferme une semence presque ron de, enveloppée d'une pellicule. Les racines sont nombreuses, longues, ram pantes, divisées en plusieurs branches, un peu plus grosses, pour l'ordinaire, que le tuyau d'une plume à écrire: elles ont rouges, ligneuses, & d'un goût as tringent.


De la qualité du Sol qui convient à la Garance.

On voit tous les jours des plantes d'un même genre & d'une même espece, produire des fruits d'une qualité & d'une saveur différente, suivant la diversité des terreins où on les cultive: il en est de A A même de la Garance, dont la même espece ne produit pas des racines de même qualité dans tous les terreins & dans tous les pays. Il est donc nécessaire de faire choix d'un terrein dont la nature soit propre à sa culture.

La terre, en général, est un composé d'une infinité de grains de sable, dont l'espece varie: les uns sont d'une espece séche & stérile, tel que celui de la mer & des rivieres; les autres sont quelquefois stériles, ou plus ou moins fertiles, ce qui forme les terres bonnes, médiocres ou mauvaises. Leur qualité de dou ces & de meubles, leur viscosité & leur onctuosité constituent la différence des terres fortes, crétaceuses, &c.

Les sables fertiles contiennent des sels qui se dissolvent dans l'eau dont la ter1e est imbibée, & servent ainsi à la production des plantes. Mais tous les terreins ne sont pas propres aux mêmes produc tions, & l'on voit tous les jours que les uns ont beaucoup d'aptitude à la production d'une plante, tandis que d'autres s'y refusent.

Quoique la facilité avec laquelle la Garance croît dans différens endroits por te à croire que sa culture seroit pratiquable dans toutes sortes de terreins, cependant lorsqu'on fait attention que la Garance sauvage se plaît davantage & prospére plus sur les bords de la riviere, & dans les fossés qui bordent les pieces de terre, il paroît qu'on doit préférer les terres délayées, & qui ont une profondeur suffisante sur un fond de glaise, afin ue la racine, qui est la partie précieuse de la plante, puisse plus aisément s'éten dre & s'engraisser. On doit, pour cette raison, choisir une terre substantielle, à la vérité; mais légere, non compacte & détrempée. La plus convenable seroit une terre médiocrement marécageuse, telle que celle qui convient au chanvre: une terre de cette nature n'est ni trop compacte ni trop grasse. On doit éviter surtout les terres pierreuses, parce qu'elles nuisent à l'extension des racines: si cependant ces terres avoient une profondeur suffisante au-dessus des pierres, elles conviendroient assez, parce que les pierres du fond empêcheroient les racines de pivoter.


De la situation du Terrein.

Il faut choisir une position basse & humide, parce que les terreins secs & arides ne conviennent pas à la Garance; mais quoiqu'un terrein humide soit à préférer, une trop grande humidité seroit néanmoins préjudiciable à cette plante. C'est pourquoi il est bon d'avertir qu'il faut éviter de choisir un terrein qui, par sa situation, seroit exposé aux inondations d'une riviere. Si l'on ne pouvoit faire autrement, pour prévenir le tort que pourroit faire un pareil accident, ou même dans d'autres cas, le trop long séjour des eaux pluviales, il sera à propos de former des canaux d'espace en espace dans la garanciere, & d'en creuser, tout autour, qui serviront encore à la préserver du ravage des bestiaux. On pourra de plus, afin que les eaux ne séjournent pas trop long-tems sur les racines, pratiquer la méthode de tenir les plates-bandes un peu plus basses que les planches dans lesquelles on plante la Garance: cette méthode est très favorable aux jeunes plantes, au moyen de ce que, pendant le cours de la cultute, les plates-bandes s'abaissent en raison de l'élévation que le terrein acquiert par la pousse de la plante.


De la préparation du Terrein.

Quant à la préparation de la terre, il faut distinguer entre celle qui a déjà été cultivée, & celle qu'on veut défricher: celle-ci exige, l'année précédente, quelques labours, qui doivent être donnés le plus profondément que faire se peut, afin de rendre la terre meuble. Il est à propos, pour cet effet, de la retourner avant l'hiver, pour casser les mottes & afin que la gelée puisse l'atténuer: après l'hiver, on lui donne un autre labour pour la disposer à la plantation. A l'égard des terres déjà cultivées, il suffit de les labourer plus soigneusement & plus profondément que si l'on vouloit y semer du grain, & d'y faire passer la herse avant de semer.

La préparation consiste encore à donner un engrais suffisant: car toutes les terres, quelques bonnes qu'elles soient, se fatiguent par la production, au bout d'un certain tems, parce que la quantité de sels qu'elles contenoient, & qui entretenoient leur fertilité, se consume peu à peu. Cela arrive sur-tout à celles qui ne produisent que contre nature, & par artifice, à force de labours. Lors donc que les terres sont fatiguées, on les remet en valeur par le repos, au moyen duquel, & par le secours des pluies & de la rosée, elles reprennent leur vigueur. On leur en fournit encore en y répandant du fumier, dont les sels détrempés par la pluie, s'insinuent dans la terre, & remplacent ceux qui ont été consommés par la végétation. C'est pour cela qu'il est à propos d'y répandre ce fumier & de le mêler avec la terre, cinq ou six mois avant de planter, parce qu'elle se charge alors de tous les principes du fumier, & se les approprie.

Les vieux fumiers, sur-tout ceux du gros bétail, ainsi que les cendres lexivielles, sont favorables à la culture de la Garance, parce qu'il est utile de donner de la vigueur à la terre. Il faut néanmoins prendre garde de nuire aux jeunes plants ou aux semences par excès de chaleur: on doit préférer, pour cette culture, le fumier de vache, parce qu'il est plus frais, & sur-tout le bien mélanger par les labours.


De la disposition du Terrein.

Il y a différentes manieres de disposer & de partager le terrein pour la plantation. La différence consiste principalement à donner une largeur plus ou moins grande aux quarrés ou planches du terrein destinées à la plantation, ainsi gu'aux sentiers ou plates-bandes qu'il faut pratiquer entre lesdites planches. Dans tous les pays, les Garancieres représentent une suite de planches cultivées & de plates-bandes vuides, disposées alternativement.

Dans la Zélande, les planches sont de douze à quatorze pouces de largeur, & de dix-huit en y comprenant la platebande d'intervale entre chaque planche, ou d'une planche à l'autre.

En Flandres, la plantation se fait dans des quarrés de la largeur de dix à douze pieds, & chaque plante est distante d'un pied l'une de l'autre, les plates-bandes sont larges d'environ deux pieds.

M. Duhamel conseille de donner aux planches la largeur de deux pieds, & trois ignes d'intervalle entre chaque plan, laissant les plates-bandes de quatre pieds.

M. Tschifelli a suivi différentes méthodes, celle entre-autres de planter sur des lignes, dont la premiere est distante de dix pouces de la seconde, qu'on éloigne de vingt pouces de la troisiéme; on ne met que dix pouces entre la troisiéme & la quatriéme; & ainsi alternativement, tantôt dix, tantôt vingt pouces d'in tervalle.

M. Dupuy propose de planter le premier rang à la distance d'un pied entre chaque plan, le second rang à la distance d'un pied & demi, de façon que les plants du second rang correspondent au milieu de l'intervalle qui est entre chaque plan du premier (ce qui forme un demi-quinconce) de laisser ensuite cinq pieds d'in tervalle pour un autre rang, & d'en mettre un quatriéme à la distance d'un pied & demi de celui ci.

Sans entrer dans l'examen des raisons de préférence qu'on doit donner à l'une ou à l'autre de ces méthodes, je me con enterai d'observer que la plantation à la Hollandoise devient sujette à beaucoup de difficultés, comme on le verra ci-après. Sa beauté n'est que momentanée, & disparoît à mesure que les plantes croissent; il faut quarante milliers de plants &  plus pour chaque journal; ensorte que je n'y trouve pas d'autre avantage que l'épargne du terrein, & je le crois très préjudiciable à la Garance, parce que les plants étant trop serrés, les racines n'ont pas une place suffisante pour s'étendre.

La méthode suivie en Flandres a l'inconvénient réel de priver le Cultivateur de la facilité de sarcler & de rechausser les plantes, à cause de la trop grande lar geur des planches, & de l'étroitesse des plates-bandes.

Il me paroît donc plus à propos de suivre la méthode indiquée par M. D hamel, parce qu'elle donne toutes les facilités possibles pour la plantation & pour la culture. Elle revient à peu-près à celle qui est pratiquée avec succès, dans plusieurs cantons de la Provence par le sieur Althen Persan: toute la différence n'est que dans les largeurs. Celui-ci divise son champ en parties inégales de quatre & de six pieds, alternativement; celles de quatre pieds sont destinées à recevoir la semence, les autres à former dans les commencemens, un petit canal d'arrosage des deux côtés des planches semées, si l'arrosage est pratiquable, & à fournir, dans la suite, de la terre pour les opérations ultérieures. Au reste, il faut avoir attention que les sillons ou les lignes, dans lesquelles on plante la Garance, aient leur direction du nord au midi.


Du Semis.

M.Althen fait semé?la graine de Garance en plein champ, mais il l'a cultivée dans des climats plus chauds qui sont moins sujets que ceux-ci aux variations du tems. Il semble même qu'il est plus prudent de semer la graine sur couches, & de transplanter ensuite les plants provenus du semis: on est plus sûr par ce moyen de la quantité de plantes qu'on doit avoir, parce que toutes les graines qu'on seme ne levent point. En les trans plantant, on les a toutes à la distance requise: il n'y a ni vuide ni confusion, les plantes profitent également, & la culture en est plus facile.

On seme la Garance au Printems dans les mois d'Avril & de Mai, de la maniere que les autres plantes destinées à être transplantées. Comme il est incertain que les plantes reprennent en les transplantant dans la même année, parce que la saison seroit trop avancée, lorsqu'ils seroient en état de l'être, on a coutume de ne le faire que l'année suivante; & comme il seroit dangereux d'arroser la Garance, il me paroît convenable de suivre la méthode de M. Tschifelli, de les semer sur des couches vîtrées, parce qu'au moyen de tela, on se procure des plants de bonne heure, & en état d'être transplantés avant les chaleurs. On peut en effet semer sur ces couches, vers le milieu de Février, de façon que les plants puissent être transplantés au commencement d'Avril, auquel tems on fait un nouveau semis, & les plants qui en proviennent sont en état d'être transplantés au commencement de Mai. Cette méthode est avantageuse pour avancer de garnir la plantation, en ce qu'on peut tirer deux fois des plants des mêmes couches.

Ces couches sont les mêmes que les Jardiniers forment pour avoir de bonne heure des légumes, & sont ainsi composées. On creuse un fossé de la profondeur d'un pied ou environ; on couvre dans le fond la terre de fumier, sur lequel on remet une quantité de terre ou de terreau, à une hauteur suffisante pour soutenir les plantes, qui étant échauffées par le fu mier, levent plutôt.

Le semis doit être fait clair, afin que les plantes ne s'étouffent pas, & aient, une place suffisante pour pousser leurs racines. Le terrein doit être engraissé de maniere que le fumier soit bien mêlé, afin que la semence ne soit pas brûlée: on doit, pour cette raison, préférer une terre qui aura été engraissée l'année précédente, & qui aura reçu quelques labours. Il sera aussi à propos, avant de semer la graine, de la bien frotter dans les mains, pour rompre la baie qui contient la semence, ce qui facilite la germination.

M. Althen est dans l'usage de préparer la graine avant de la semer, de la maniere qui suit: Pour chaque livre de graine, il prend un quarteron de Garance fraîche, qu'il pile dans un mortier, après l'avoir bien laveé il y ajoûte un demi-septier d'eau & deux onces d'eau-de-vie. Il jette cette composition sur la graine, de maniere qu'elle s'en imbibe l'espace de vingt-quatre heures, prenant soin de la remuer trois ou quatre fois pour prévenir la fermentation, Le lendemain il met cette même graine dans un chaudron d'eau qu'il a fait bouillir l'espace d'une heure, cinq ou six jours auparavant, & dans laquelle il a mis un panier de fiente de cheval. Il l'y laisse deux outrois jours, la remuant de tems en tems, pour empêcher qu'elle ne s'échauffe. Il faut auparavant avoir passé l'eau à travers un linge. Enfin, il étend sa graine sur le pavé, jusqu'à ce qu'elle ait assez perdu de son humidité pour être semée, & il la seme tout de suite. Il prétend avoir éprouvé que cette préparation empêchoit la graine de s'abâtardir, qu'elle la faisoit germer & lever en plus grande quantité, & produire des plantes sensiblement plus belles, dont les racines donnent une couleur plus vive que quand elle n'a as été ainsi préparée. Quant à moi, je n'imagine pas u'il puisse y avoir aucune raison de préférer cette préparation, à l'exclusion de toute autre, à moins qu'on ne suppose dans la fécule de la racine de Garance, une propriété reproductive, ce qui est difficile à croire. Je la regarde donc comme un usage pratiqué dans le Levant, qui peut être bon; mais je pense que la préparation proposée par M. Lesbros est tour aussi avantageuse. Elle consiste à faire infuser la graine dans une eau de fumier bien préparée avec de la chaux vive & de la lie de vin, dans laquelle on la laissera tremper douze ou quinze heures, pas davantage, & à la semer sitôt qu'elle est séche. Il pense, avec raison, que cela peut procurer une recolte plus abondante, & met la graine en état de mieux résister aux rigueurs de la saison: la chaux en outre, accélere la germination, & peut détruire un petit ver blanc qui est sujet à ronger le germe.

Si l'on croit pouvoir risquer de semer en pleine terre, on peut pour cet effet, se servir d'une machine tirée par un homme, laquelle forme en même-tems trois sillons d'un pouce de profondeur, & à la distance d'un pied l'un de l'autre, dans lesquels on met les graines à cinq ou six pouces d'éloignement, & recouvrir avec le rateau. En disposant ainsi le semis, & laissant des plates-bandes d'espace en espace, on pourroit éviter de transplanter.


De la Plantation.

Il y a trois choses à considérer dans la plantation; savoir, le tems auquel on plante, le sujet qu'on plante, & la forme qu'on veut donner à la plantation.

Le tems de planter la Garance, soit de plants provenus de graines, soit de rejettons, est le Printems, ou l'Automne, parce que si l'on plantoit pendant les chaleurs, les plantes reprendroient difficilement. Quelques-uns ont coutume d'arroser la plantation pendant la premiere année, ce qui pourroit se faire absolument dans le cas d'une grande sécheresse, non pas en faisant entrer l'eau dans les plates-bandes semées, ce qui seroit très - nuisible, mais en pratiquant un petit canal d'arrosage, à droite & à auche, dans les plates-bandes qu'on a laissees vuides. Du reste, cet arrosage devient inutile en tout autre tems que le commencement; car quoique la Garance se plaise dans un terrein humide, elle hait la trop grande humidité, & de même que les fruits sont moins bons dans les endroits trop humectés, le trop d'eau peut faire tort à la qualité de la racine de Garance, & ce peut être une des causes de la supériorité de plusieurs Garances fur celle de Zélande.

Le sujet qu'on plante, ce sont les plants provenus du semis, ou les rejettons produits par la plante principale, & qu'on en sépare dans le cours de la culture, ou lorsqu'on arrache les racines. Les premiers doivent être transplantés, lorsque quelque tems après que la plante a poussée, elle a eu le tems de jetter quelques racines: la maniere de détacher les rejettons est de suivre avec le pouce la plante principale jusqu'à ce qu'on les rencontre; on les sépare alors facilement à l'aide du pouce, ou avec la pointe d'une broche de fer.

La forme de la plantation dépend de la méthode qu'on aura choisie pour la préparation du terrein.

En Zélande, la plantation doit avoir la forme d'un quinconce, avec la distan ce de deux pouces environ d'un rang à l'autre, de maniere qu'il y a sept rangs de plants dans chaque planche. Pour exécuter plus facilement la plantation à la Hollandoise, on pourra prendre une ta blette de bois plus large d'un pouce ou deux que la planche de terre: on y adaptera, à une distance convenable, des chevilles de bois ferrées, & disposées en quinconce. Cette tablette se posera sur le terrein, & les chevilles traceront des trous, qu'on aggrandira ensuite avec un plantoir. On mettra dans ces trous les plants ou rejettons, en les inclinant un peu: le plantoir doit avoir un ou deux manches à la partie opposée, pour avoir l'aisance de soulever de terre le plant qu'on veut y mettre, ce qu'il faut faire avec attention, afin que les trous ne se remplissent pas. Il est même à propos d'y mettre, d'un côté, deux chevilles saillantes, qui puissent entrer dans les trous voisins, & servir à régler la plantation.

A mesure que les trous marqués par la tablette sont élargis par le plantoir, on y met les plants ou les rejettons, & il faut avoir attention d'étendre & d'arranger les racines en pointes, en les te nant entre les doigts, afin de les faire entrer plus facilement, sans qu'elles se replient: on appuie ensuite légerement la terre avec le plantoir contre ces racines, pour en faciliter la reprise.

En Flandres on forme à la bêche autant de petits sillons ou rigoles à un pied de distance l'un de l'autre, comme si l'on vouloit transplanter des porreaux ou des oignons. On arrange les plants dans ces sillons, & on les recouvre de terre.

En suivant la disposition de M. du Hamel ou de M. Althen, on forme un petit sillon dans la planche qui doit être semée: on y arrange les plants à trois pouces de distance l'un de l'autre, & on recouvre avec la terre qu'on creuse pour former un second sillon; les plants qu'on place dans ce second se recouvrent avec la terre du troisiéme, & ainsi de suite.

Si l'on veut employer la disposition de M. Tschifelli, on forme des petits sillons ou rigoles à une distance alternative de dix & de vingt pouces, & on recouvre les plants avec la terre même qu'on a tirée pour former les sillons.

Les principales attentions qu'on doit avoir en transplantant sont, 1°. De couper la pointe des rejettons, en supprimant toute la partie garnie de feuilles.

2°. De planter perpendiculairement, en inclinant néanmoins tant soit peu.

3°. D'étendre les racines dans leur di rection naturelle, plutôt en en-bas qu'au tre1ne1lt.

4°. Lorsqu'on a recouvert les plants il est nécessaire d'appuyer la terre contre les racines, afin d'en faciliter la reprise: on acheve ensuite de les recouvrir, ou de la terre tirée du sillon même, ou de celle qu'on tire pour en former un nouveau, ce qui revient au même. Si l'on veut recouvrir avec la terre du même fillon, cela s'exécute aisément avec un rateau à pointes de fer, & l'on se sert du dos pour appuyer la terre contre les racines. La disposition Hollandoise est la moins favorable à cette opération, parce qu'on ne peut pas appuyer la terre avec le plantoir aussi facilement qu'avec le dos du rateau: la plantation d'ailleurs est plus expéditive dans les autres dispositions.

5°. Il faut avoir soin de couper avec des ciseaux, ou un couteau, l'extrémité des racines, sur-tout si les rejettons ont été quelque tems hors de terre, parce qu'en coupant cette extrémité, qui peut être déjà desséchée, la reprise est plus facile & plus sûre.

Quant à la distance, M. du Hamel la propose de trois pouces d'un plant à l'autre; M. Tschifelli en laisse six; & cette distance paroît préférable, parce que les pieds de Garance ayant un plus grand espace de terrein, doivent produire de plus grosses racines, & en plus grande quantité.

Il est utile de former une pépiniere pour y mettre les plants ou les rejettons qui seront restés après la plantation faite, sur-tout ceux qui auront été mis à part comme douteux: on pourra les y disposer dans des sillons à trois ou quatre pouces de distance, & ils serviront à remplacer dans la plantation, ceux dont la reprise viendrqit à manquer.

Toutes les fois qu'on voudra faire une plantation de meres plantes; si, par exemple, on veut transplanter celles qui croissent naturellement dans la campagne, à dessein de les améliorer par la culture, on pourra suivre la méthode de M. du Hamel, de déterrer les pieds, en maniant délicatement les racines, & surtout les racines hôrisontales, qui rampent entre deux terres, nommées vulgairement trainasses; de les replanter avec la précaution d'étendre les racines de côté & d'autre, suivant leur direction naturelle, de les enterrer à un pouce environ de profondeur, & d'emonder les feuilles, en ne laissant que le tronc de la tige.

Il conviendra, dans ce cas, de laisser une plus grande distance d'un pied à l'autre, de façon que trois milliers suffiront par journal. Cette méthode a été sui vie avec succès par M. d'Ambournai, & est proposée dans l'Encyclopédie, où il est dit de planter les meres plantes à cinq pieds de distance.

Si l'on veut faire transporter les plants dans un endroit éloigné, il sera bon de les mettre dans un panier, comme M. Tschifelli le recommande, en mettant, lit par lit, de la paille ou du foin: on pourra ainsi les arroser, sans les tirer de ce panier, de peur qu'ils ne s'échauffent.


De la maniere de soigner la Plantation.

La maniere de soigner la plantation tend à procurer les moyens les plus efficaces pour entretenir efaire grossir & multiplier les racines. Le premier soin doit donc être de sarcler & arracher les mauvaises herbes: plus on répéte cette opération, plus on fournit aux racines une plus grande abondance de sucs nour riciers, & plus la plante prospere, parce qu'elle profite davantage des influences de l'air & du soleil.

Au second été, on pourra faire couper les tiges presque à rase terre, parce qu'elles se dessécheroient en pure perte pendant l'hiver; aulieu qu'en les fauchant, elles peuvent servir de fourage, sur-tout pour les vaches. Pour détruire les mauvaises herbes des plates-bandes, on peut se servir d'une petite charrue tirée par un homme, ou par un âne, & qui fert en même-tems à rechausser les plantes. Cette charrue est composée d'un morceau de fer, en pointe circulaire, de la figure d'une langue de boeuf, d'une roue sur le devant, & de deux oreillettes.

Comme on cultive en Europe deux especes de Garances; sçavoir, celle de Hollande & celle du Levant; & que les tiges de la derniere espece sont frêles, & ne peuvent se soutenir d'elles-mêmes, il est bon, si l'on veut faire mûrir sa graine, de la ramer comme les haricots. Il faut encore décharger les tiges des branches latérales, & ne laisser que la principale tige & quelques petites branches: en allégeant ainsi la plante, on procure l'accroissement des racines.

La diversité que j'ai observée cidessus, entre la plantation Hollandoise & les autres, ne consiste pas seulement dans la disposition du terrein & la façon de planter, mais principalement dans la culture même. En Hollande, on releve des deux côtés, les planches qu'on a plantées, exactement comme on feroit pour élever des plants d'artichaux, en prenant pour cet effet de la terre des plates bandes.

En Flandres, au lieu de rechausser les tiges, lorsqu'elles sont parvenues à la hauteur d'un pied, on les provigne, c'est-à-dire, qu'on les abaisse, & on les étend à terre sur le côté, en les couvrant avec la terre des plates-bandes: on laisse seulement à découvert les pointes de ces tiges à la hauteur d'un pied. On continue ainsi, de tems à autre, en entassant tige sur tige, jusqu'à la recolte; c'est ce qu'on appelle couchis, qui font à peuprès le même effet que les provins de la vigne.

Dans la méthode de M. du Hamel, on abaisse sur terre, & on couvre les tiges, de façon que le premier rang est étendu sur la plate-bande; le second dans la planche même vers le premier rang: on occupe de cette facon environ un pied de la plate-bande, & les nouveaux rejettons des tiges ainsi enterrés, peuvent encore s'enterrer de nouveau, envenant occuper un autre pied de la platebande.

Si l'on fait la plantation à la maniere de M. Tschifelli, on peut abaisser & couvrir les tiges dans un intervalle encore plus grand; sçavoir, dans l'espace de vingt pouces d'un rang à l'autre; c'est-à dire, le second vers le troisiéme, & il restera le petit espace de dix pouces libr pour la commodité de la culture.

On doit avoir attention, en provignant la Garance, de ne pas rompre ses branches, qui sont très-fragiles: c'est pourquoi il faut, en les abaissant, suivre leur direction, & faire cette opération, le soir ou le matin, parce que les tiges sont alors plus souples que dans la chaleur du soleil.

M. Althen recouvre ses plants, all mois de Septembre de la premiere année, de deux ou trois pieds de terre: il prend cette terre dans les plates-bandes qu'il avoit laissé vuides, ou dans lesquelles il avoit semé des légumes pour mettre ce terrein vuide à profit. Il augmente même alors la largeur des planches où sont les plantes, de deux pieds, qui se prennent également de droite & de gauche, sur celles qui sont vuides, ensorte que cellesci n'aient plus que quatre pieds de lar geur de six qu'elles avoient, & les plan ches en auront six au lieu de quatre.

La culture de Hollande, à cet égard, a l'avantage de procurer de plus grosses racines, mais il est bien balancé par celui que les autres présentent de fournir une plus grande quantité de tiges, & de favoriser la multiplication des racines que jettent de tous côtés les plantes ainsi enterrées. Quant à la maniere de les enterrer, celle de M. Althen ne différe que par rapport à l'espece de plante qu'il cultive, dont les tiges sont plus courtes: elle convient donc mieux à la Garance du Levant, & celle de M. Duhamel à la Garance commune ou à toute autre espece, dont les tiges seroient aussi hautes. J'observerai, en passant que la supériorité de la Garance du Levant sur la commune, ne vient peut-être que de ce que ses tiges sont plus tendres, & ont par conséquent plus de disposition à se transformer en racines succulentes: en ce cas, beaucoup de nos Rubiacées peuvent avoir le même avantage.


De la Recolte de la Graine.

Au mois de Septembre de la seconde année, c'est-à-dire dix-huit mois après qu'on a semé, les plantes de Garance donnent une grande quantité de graines, qu'il faut recueillir dans ce mois, ou au commencement du suivant, aussi-tôt qu'elle est mûre, c'est-à-dire, lorsqu'elle - est bien noire. Il y a deux manieres de faire cette recolte; l'une de cueillir la graine sur la plante, grain à grain, & en plusieurs tems, pour ne prendre que celles qui sont bien mûres, en attendant que les autres viennent à maturité. Cette méthode, quoique plus longue, donne une plus grande quantité de graines, & d'une meilleure qualité. L'autre de faire couper raz de terre les branches & les tiges des plantes, lorsque la plus grande partie de la graine est mûre; de les faire sécher, & d'en séparer ensuite la graine par le moyen le plus court & le moins dispendieux. On ne doit l'enfermer dans le grenier, que lorsqu'elle a été bien séchée au soleil.


De la Recolte des Racines.

On ne laisse en Flandre la Garance en terre que dix-huit mois. II est vrai qu'on eut dès-lors avoir des racines propres à être employées pour la Teinture; mais on n'en tire qu'une petite quantité, qui ne donne que le tiers du produit qu'on auroit retiré, si l'on avoit différé encore un an de faire cette recolte; ce qui est évidemment une perte considérable pour le Cultivateur. Le vraitems d'arracher les racines de Garance est donc aux mois de Septembre ou d'Octobre de la troisiéme année, c'est-à-dire, trente mois après la plantation: il ne seroit même que plus avantageux d'attendre au Printems suivant, & on seroit bien dédommagé de ce retard par l'augmentation de la quantité & de la qualité des racines. Au reste, com me il est à propos de renouveller la plantation, lorsqu'on recueille les racines, la maniere dont on les renouvellera, déci dera laquelle des deux saisons on doit préférer pour les arracher. Si la plantation se renouvelle de boutures, l'Autom ne est préférable, parce qu'elles ne re prendroient pas bien dans le tems de la séve si l'on veut la renouveller de graines, il faut préférer le Printems. Il résul te un avantage de faire la recolte au Printems, c'est de pouvoir faire sécher les racines au soleil: mais il faut s'y prendre de bonne heure, & avant que la plante ait pouslé des feuilles, sur-tout si on laisse les mêmes pieds en terre.

M. Althen emploie un très-bon moyen de renouveller la Garanciere, c'est de séparer, en arrachant les racines, les boutures nécessaires pour planter les plates-bandes vuides des deux côtés: on multiplie ainsi le produit du terrein, sans presque rien perdre de la recolte.

On doit arracher les racines par un tems sec, parce qu'elles sont alors moins chargées de terres: il ne faut pas néanmoins qu'il le soit trop, si l'on veut renouveller de boutures.

Le meilleur de tous les moyens proposés pour faire la recolte des racines, est celui de M. Tschifelli. Il consiste à ouvrir sur une des faces de la Garanciere, qui paroîtra la plus commode à cet effet, un fossé en forme de tranchée de longueur plus ou moins grande, suivant la quantité de monde qu'on voudra employer. Il doit avoir au moins quatre pieds de large, afin qu'il puisse y avoir deux rangs d'hommes dont les uns arrachent & ramassent les racines, & les autres tirent la terre en arriere. La tranchée ainsi ouverte devant la Garanciere, on en coupe le terrein avec la bêche: la terre ôtée avec la bêche, on la fait tomber dans un fossé, on casse les mottes, & avec une fourche ou trident dont les dents sont recourbées à angle droit, on sépare & on tire les racines pour les rassembler & les mettre dans des paniers. Les hommes ramenent ensuite la terre du côté du fossé; & lorsque la recolte est faite, on remet toute la terre à sa place.

Cette maniere de recolter les racines a l'avantage de procurer le mélange de la terre des planches déjà épuisée de sels avec celle des plates-bandes qui en a dû conserver une plus grande quantité. On peut même mêler alors avec ce terrein, un peu de fumier pour le mettre en état de produire de nouveau: mais il est nécessaire qu'il soit vieux & bien mêlé à la terre, de peur qu'il ne brûle les nouveaux plants. Quoique quelques personnes as surent que les Garancieres sont en état de donner deux ou trois recoltes de suite, & même plus, parce que la Garance n'épuise pas trop la terre, & que les labours qu'elle exige, disposent cette terre à produire des grains en abondance, les engrais ne peuvent que bien faire, parce qu'ils remplacent les sels épuisés.

Si dans le cours de la plantation on vouloit prendre dans les couches des rejettons pour transplanter, cela seroit fa cile en les coupant avec la bêche. C'est encore un motif de préférer la méthode de M. Duhamel ou celle de M. Tschifelli, parce qu'on peut couper les tiges couchées, sans risquer d'offenser la plante principale, vu qu'elles ont déjà pris racines. Cela fait même que les rejettons reprennent plus aisément, comme on le voit arriver aux provins des vignes & aux marcottes des œillets.


De la préparation des Racines.

Avant d'entrer en matiere sur la maniere de préparer la racine de Garance, il est nécessaire de fairemention des termes dont on se sert pour distinguer les différentes qualités de Garance préparée. On appelle Garance-grappe ou robée, celle de la premiere qualité; mirobée, celle de la seconde; & non robée, courte ou fmule, celle de la plus basse qualité.

On ne peut rien donner de certain sur ces différentes dénominations. Le terme de grappe, qui devoit proprement appar tenir à la Garance produite par les racines (comme venant du mot grappe ou raffle) parce que le pied de la Garance avec la racine, forme une espece de grappe, & afin de la distinguer par-là de celle que produisent les tiges devenues racines; ce terme, dis-je, est la plûpart du tems synonime à celui de pulvérisée, our exprimer la Garance en poudre, & l'on dit indifféremment, dans le même sens, grapper & pulvériser. M. Flachat & d'autres confondent la Garance-grappe & la robée, & appellent mirobée celle qui est fournie par les couchis. M. Helot ne fait aussi qu'une même sorte des deux remieres, puisqu'il dit qu'on les tire de la moëlle de la racine, & que la non robée contient, avec cette moëlle, l'é corce & les petites racines.

(a) Le parenchime est la partie rouge ou rougeâtre qui est entre la pellicule & le coeur, comme on l'expliquera ciapres.
L'epiderme est la petite pellicule extérieure qui environne la racine.

(b) Je ne parle pas de la Garance qu'on nomme Billon, qui est fournie par les petites racines & par l'épiderme, comme de peu de considération.
Comme il y a réellement une différence remarquable entre la poudre qui provient des racines naturelles, & celle qui provient des couchis, qui, quoique changés en racines, n'aquierent ja mais la même quantité de parenchime (a), que les véritables, & comme la mouture en rend aussi de différentes qualités, se lon la quantité plus ou moins grande qu'il y entre d'épiderme; il est à propos, pour plus grande clarté, de distinguer la Garance en grappe & non grappe, sçavoir, celles des meres racines & celles des couchis; de sous-diviser ensuite l'une & l'autre en trois especes; sçavoir, la robée produite par la derniere mouture, la mirobée par la seconde, & la non-robée par la premiere (b).

Comme la préparation consiste en trois opérations, j'en ferai trois articles séparés: le premier traitera du triage des ra eines; le second du desséchement; & le troisiéme de la mouture.


Du triage des Racines.

Le triage est la séparation des parties de la Garance arrachée; sçavoir, des tiges, des racines, & des rejettons propres à être transplantés.

Il faut séparer tout ce qu'on trouvera de tiges qui puissent tenir lieu de rejettons propres à replanter, en faisant attention d'y laisser attachés quelques brins de racines, pour en faciliter la reprise.

Il faut aussi séparer des racines produites par les couchis, les petites racines ou le nouveau chevelu, en mettant à part ces couchis pour en former la Garance non grappée; & le chevelu, s'il est déjà un peu fort, pour entrer dans le lot de la Garance-grappe. Les portions des racines formées des couchis, & qui se trouveront jaunes, ne sont bonnes à rien.

Les petites racines ne valent rien pour former la Garance de premiere & seconde qualité (c'est-à-dire la robée & la mi-robée); parce que, n'étant presque composées que d'épiderme, on n'en peut, tirer que fort peu de couleur: il en faut dire autant de celles qui sont trop grosses, parce qu'elles contiennent beaucoup de cœur ou de parties ligneuses: on doit donc réserver les unes & les autres pour la Garance non grappée. Les meilleures racines, sont celles qui ont la grosseur d'une plume à écrire, ou du petit doigt tout au plus; elles sont transparentes & rougeâtres: elles ont une odeur forte, & leur écorce est unie & adhérente au coeur ou partie ligneuse.

M. Lesbros rapporte plusieurs expériences desquelles il prétend pouvoir inférer que la partie ligneuse est la meilleu re de la Garance; mais ces raisonnemens ne paroissent pas satisfaisants: le contraire même résulte des expériences faites par M. Guerin de Corbeil, qui prouvent que le coeur ou la partie ligneuse ne donne presque pas de qouleur. Il y a donc lieu de croire que différence du résultat de ces expériences provient de tems plus ou moins long qu'on a em ployé au bouillissage, ou qu'il doit être attribué à d'autres circonstances. Il est très-certain que la matiere colorée réside dans le parenchime, puisqu'en examinant attentivement, avec un microscope, une racine de Garance bien conditionnée, on apper¸oit sous l'épiderme & dans le parenchime, des particules rouges qui certainement fournissent cette couleur, & l'on voit aussi d'autres parties d'une substance ligneuse, couléur de noisette, t qui est celle que les lessives & l'avivage emportent, lorsqu'on veut embellir la la couleur du Coton teint.


Du desséchement des Racines.

On fait sécher la Garance dans des étuves en Zélande & en Flandre. Les Hollandois sont si jaloux des leurs, qu'ils n'y laissent entrer personne que ceux qui en ont la direction. Celles dont on a jusqu'ici indiqué l'usage, sont les tourailles des Brasseurs, dans lesquelles on fait sécher l'orge pour la bierre: on en peut voir les desseins dans le Traité de M. Du hamel, & dans l'Encyclopédie.

Tout le monde néanmoins convient unanimement que le desséchement à l'étuve est sujet à plusieurs inconvéniens. Le premier vient de ce que la construction des étuves entraîne de grosses dépenses que peu de personnes sont en état de faire, c'est ce qui fait que ceux qui n'en ont pas vendent ordinairement leurs racines à ceux qui en ont. On m'a assuré qu'à Lille, le Propriétaire d'une étuve ou d'un moulin à Garance l'achete à mesure que les Cultivateurs lui en portent; & ces Cultivateurs ne possedent presque jamais de terre en propre, mais cultivent la Garance dans des champs qu'ils tiennent à loyer. En Zélande, au contraire, comme les Cultivateurs sont riches & Propriétaires de fonds de terre, ils ont chacun leur étuve & leur moulin, & envoient chaque semaine leur Garance au marché de Rotterdam, ou bien la mettent en magasin, pour la conserver jusqu'au tems qu'ils trouvent à la vendre un prix avantageux.

Le second inconvénient des étuves vient de ce que la fumée, qui se mêle à l'air chaud & traverse les racines, les charge de fuliginosités qui alterent probablement la partie colorée, accident qui paroît être une des causes de la différence qu'on trouve entre la Garance du Levant & celles de Flandre ou de Hollande.

(a) La fumée peut, sans doute, nuire à la beauté de la couleur; mais j'ai éprouvé qu'en employant toutes les précautions possibles pour la dessication, on ne peut jamais tirer de la Garance de Hollande, même cultivée en France, une aussi belle couleur que du Lizary. La véritable raison est que ce sont deux plantes différentes. Comme aussi la Garance du Languedoc & du Poitou, est la même plante que celle du Levant; elle donne le même ton de couleur.Le troisiéme inconvénient est la difficulté de graduer le feu. M. Duhamel, frappé de toutes ces difficultés, propose une autre espece d'étuve; mais comme il ne décide pas de sa réussite, & qu'il ne paroît pas que personne en ait encore adopté l'usage, il n'est pas possible de rien déterminer à cet égard. Tout ce qu'on peut assurer de certain, c'est qu'il est d'expérience que la qualité de la Garance est toujours meilleure lorsqu'elle est séchée sans feu. M. Hélot dit que le Lizary donne une couleur plus vive que la belle Garance-grappe de Zélande, par la raison qu'on la fait sécher à l'air & non dans des étuves; que la Garance du Languedoc & celle du Poitou, réussissent comme le Lizary, lorsqu'on les fait sécher à l'air (a). M. Duhamel convient aussi u'il est mieux de la faire sécher à l'ombre, & par la seule action du vent, & il ajoûte que si l'on arrache les racines au Printems on pourroit faire évaporer une partie de l'humidité par le soleil & le vent, ce qui diminueroit de beaucoup la dépense des étuves. C'est pour cette raison aussi que M. d'Ambournay est d'avis d'arracher seulement en Automne, ce dont on a besoin pour planter, & de remettre au Printems la recolte des racines qu'on destine à être employées en Teinture.

Je pense qu'il y a trop de sujettion à placer un thermométre dans une étuve, à l'effet de régler une chaleur de trente à trente-cinq degrés au-dessus de zéro, & qu'il vaut mieux employer plus de tems pour sécher la Garance à une chaleur modérée, que de précipiter le desséchement par un feu trop violent. On pourra néanmoins avoir attention aux degrés du thermométre, toutes les fois qu'on se servira d'un four à cuire le pain, comme le propose M. Duhamel, qui recommande que la chaleur n'excede pas quarante-cinq à cinquante degrés.

De quelque façon qu'on s'y prenne, comme les racines de Garance sont sujettes à s'échauffer facilement, il sera très à-propos, après les avoir tirées de terre, de les étendre dans un endroit exposé au soleil & à l'air, ou à l'ombre sous un hangard, & de les retourner de tems en tems: il faut sur-tout avoir la précaution de n'arracher, à la fois, que la quantité de racines qu'on pourra ainsi exposer & faire sécher, soit à l'ombre, soit à l'étuve. Quelques-uns ont l'habitude de les étendre au soleil sur un terrein voisin & au sortir de la Garanciere, afin qu'elles com mencent à sécher; mais j'y trouve l'incon vénient de ne pouvoir alors en séparer les rejettons qu'on veut transplanter, parce que se trouvant desséchées en parties, ils ne pourroient plus reprendre. Il vaut donc mieux trier les racines à l'ombre sitôt qu'elles sont arrachées, afin d'en séparer les rejets, & attendre que le triage soit fait pour faire sécher ces racines.

Plusieurs personnes ont aussi coutume de laver les racines dans une eau courante, afin de les nettoyer de la terre qui y reste attachée: mais le bon sens seul doit faire proscrire cet usage, parce que ce lavage emporte des particules colorées, qui sont faciles à appercevoir à la couleur rouge que l'eau contracte. Je ne blâme néanmoins pas le lavage, dans le cas où l'on voudroit employer la Garance fraîche; mais il est inutile quand on la fait sécher, parce que la terre s'en sépare aisément en frottant les racines dans un sac, ou les battant sur une claie.

L'indice que les racines sont assez séches, c'est lorsqu'elles se rompent net en les ployant: lorsqu'elles ne le sont pas, il faut les faire sécher de nouveau pour pouvoir les réduire en poudre. On a ob servé que les racines de Garance perdent communément, en séchant, sept huitié mes de leur poids.

L'emploi des racines fraîches est une découverte de M. d'Ambournay qui, ne pouvant faire sécher celles qu'il avoit fait arracher au mois d'Octobre, prit le parti de les employer fraîches, à raison de huit livres au lieu d'une livre en poudre: & en répétant ses expériences, il a trouvé que quatre livres de Garance fraîche équivaloit, pour le produit, à une livre de Garance séche & moulue. Il y a une grande économie & un grand avantage à employer ainsi les racines fraîches: car 1°. on épargne les frais de l'étuve & l'embarras de faire sécher; 2°. on évite le danger des mauvais effets qui peuvent résulter d'un feu mal réglé; 3°. enfin, on épargne la dépense du triage, de la cri blure, & c.

Lors donc qu'on veut les employer fraîches, après les avoir arrachées & triées, soit pour avoir les rejets, soit pour séparer les bonnes des mauvaises, on les lave dans une eau courante afin d'en ôter la terre, puis on les coupe grossierement avec une hache, & on les place sous une meule verticale pareille à celies dont on se sert pour les olives, jusqu'à ce qu'elles soient réduites en une espece de pâte.

Il résulte des épreuves qu'on a faites, que quatre ou quatre parties & demie de cette pâte valent autant qu'une partie de Garance-grappe en poudre, sur-tout si l'on fait attention de mettre moins d'eau dans la chaudiere qu'il en faudroit pour la derniere, à cause de l'humidité que cette pâte retient. L'avantage est considérable, puisqu'il faut sept ou huit livres de racines pour donner une livre de Garance en poudre, & qu'on épargne tant d'autres dépenses, sans compter en core que le Coton ainsi teint est bien plus facile à aviver. On m'objectera peut-être que, dans ce cas, on ne sépare pas l'épiderme & les petites racines: mais comme ces parties ont de la rougeur losqu'on les arrache, & que l'épiderme, en particulier, ne noircit qu'en séchant, elles ne peuvent nuire à la beauté de la Teinture, lorsqu'on emploie la Garance fraîche.


De la Mouture.

Avant d'expliquer les moyens de pulvériser ou grapper la Garance, il est bon d'observer qu'il y a trois parties constitutives de sa racine; sçavoir, le coeur ou la partie ligneuse qui est au centre, le parenchime contenant la matiere colorée, qui se trouve entre le coeur & la pellicule extérieure; enfin cette pellicule ou épiderme. Le parenchime est le nom qu'on donne à toute substance interne qui est dans l'espace des vaisseaux, & différe de la chair qui est entre les muscles: on le nomme ainsi, parce que les Anciens croyoient que cette substance étoit un sang extravasé & condensé. L'épiderme ou sur-peau, qui se noircit en séchant, est la partie dont on doit dépouiller la Garance, avec le plus grand soin, parce que plus elle contient de parties brunes lorsqu'elle est en poudre, plus elle est inférieure en qualité.

Le coeur ou la partie ligneuse ne contient réellement point de matiere colorée, si cejn'est celle qui peut exsuder du parenchime: de là vient que lorsque les racines sont plus grosses, la Garance de la derniere mouture a un oeil plutôt jaunâtre que rougeâtre, parce que la poudre produite par le coeur jaunit le rouge que fournit le parenchime; mais quand les racines sont plus petites, c'est-à-dire de la grosseur du doigt, la petite quantité du jaune, que le cœur fournit, ne fait que donner un plus bel œil au rouge, ce qui doit s'entendre seulement de la Garance en poudre, & non de sa Teinture: car plus celle-ci s'éloigne du jaune, plus elle est belle.

On doit donc avoir soin, lorsque les racines de Garance sont bien séches, de les mettre dans un sac de toile, & de les y bien remuer pour en détacher la terre & quelques portions de l'épiderme; on les met ensuite dans un crible percé de trous d'une grosseur médiocre, §que la terre & les portions de pellicule passent par ces trous, ainsi que les petites racines, & qu'il ne reste plus dans le crible que les racines d'une grosseur convenable. On pourra encore, lorsque le frottement du sac aura détaché la terre & l'épiderme, en faire la séparation, ainsi que des petites racines, par le moyen d'un van, ainsi que M. d'Ambournay le con seil, d'après la pratique de M. Peynel. On a donné à cette pellicule & à ces pe tites racines, le nom de Billon (ainsi qu'on appelle la basse monnoie) parce qu'elles fournissent la Garance de la plus basse qualité, qu'on ne peut employer que pour les Teintures sombres.

Quelques personnes ont coutume de mettre les racines sur une claie de bois, & de les y battre légerement pour en détacher la terre, & rompre l'épiderme: chacun peut suivre, à cet égard, le moyen qui lui paroîtra le plus commode.

Il y a deux manieres de pulvériser la Garance: l'une consiste à la mettre en pâte à l'aide d'une meule verticale telle que celles avec lesquelles on écrase le chenevi & les noix, pour en tirer de l'huile: l'autre consiste à la piler dans des moulins avec des pilons garnis de pointes de fer, pareils à ceux dont on se sert pour le tan. On peut voir la figure de la meule verticale dans l'Encyclopédie, & celle du moulin à tan dans l'ouvrage de M. Duhamel.

La meule verticale me paroît plus aisée & plus convenable, parce qu'on est à portée de voir en tout tems l'état de la racine. Si l'on veut s'en servir, on mettra la Garance dans le récipient où l'on met les noix pour les piler: on fera tourner la meule, qui commencera d'abord à rompre l'épiderme; lorsqu'elle le sera en partie, on mettra le tout dans un crible percé de petits trous, & fermé des deux côtés en forme de tambour. En criblant les racines, on en séparera facilement, ar ce moyen, une portion qui formera a Garance courte ou mule, qui pourra servir pour les couleurs tannées ou maur dorées, bien entendu lorsqu'on en aura séparé le billon.

On remettra ensuite la Garance sous la meule, pour achever de rompre entie rement l'épiderme; on la fera encore pas ser au crible, & il en sortira une Garance à peu-près de la même qualité que la premiere, c'est-à-dire, qu'elle sera encore mêlée d'une portion d'épiderme & des petites racines.

On recommencera de nouveau à mou dre, & le parenchyme commençant à se rompre, § une Garance d'une meilleure qualité. On continuera ainsi jusqu'à ce qu'elle soit totalement réduite en poudre: elle augmentera ainsi plus en plus de qualité, á proportion qu'elle passera sous la meule, excepté orsque les racines sont fort grosses, parce qu'en ce cas, elle tire davantage sur le jaune, vu qu'elle contient plus de parties ligneuses que de parenchyme.

On pratique les mêmes opérations pour les racines qui proviennent des cou chis, c'est-à-dire, des tiges qui sont transformées en racines, & qui produisent la Garance non grappée. Ses qualités varient de même selon que ces couchis contiennent plus ou moins de parties de l'épiderme ou ligneuses.

Lorsque la Garance est encore humide, elle s'attache à la meule à mesure, qu'elle s'écrase; il faut en ce cas, la faire sécher de nouveau.

La Garance entierement pulvérisée se met dans des tonneaux bien foulée, & son onctuosité naturelle fait qu'elle se pelotte, & forme des mottes, qui de viennent fort dures: il faut la conserver dans un lieu sec.

Les Teinturiers qui acheteront de la Garance en racines, pour leur seule consommation, pourront se servir d'un moulin ordinaire à moudre du tabac ou de deux de ces moulins posés oeil contre oeil, comme M. d'Ambournay l'a pratitiqué avec succès: ils suivront au surplus, les moyens indiqués ci-dessus, pour séparer & mettre à part les différentes qualités qu'on peut varier, augmenter ou diminuer à son gré.

J'ai tâché, dans cette instruction, de réunir les méthodes & les sentimens des Auteurs qui ont écrit sur cette matiere, en y joignant mes observations & mes réflexions: je finirai, pour ne rien omettre, par exposer les préparations que M. Althen juge à propos de donner aux racines de Garance, & qu'il croit nécessaires, afin qu'elles fournissent une belle Teinture: chacun y ajoûtera le dégré de confiance qu'il jugera à propos.

Ces préparations consistent à imbiber les racines, avant de les réduire en poudre, de quelqu'une des cinq liqueurs ou compositions suivantes.


Premiere Composition.

Environ quinze pintes d'eau commune pour chaque quintal de racines, dans la quelle on fera dissoudre sur le feu une livre d'alun.


Deuxiéme Composition.

Même quantité d'eau pour chaque quintal de racines, dans laquelle on fera fondre une livre de miel commun, sans le mettre sur le feu.


Troisiéme Composition.

Mème quantité d'eau, & dans la même proportion, dans laquelle on jettera deux livres de son.


Quatriéme Composition.

Deux pintes de vinaigre, sans aucun mélange d'eau, pour chaque quintal de Garance.


Cinquiéme Composition.

Quinze pintes d'eau commune par uintal de Garance, dans laquelle on fera bouillir pendant deux heures, deux livres de soude dont on se sert dans les Savonneries. Après l'avoir retiré du feu, on y jettera trois livres de fiente de mou ton, qu'on aura ramassée & fait sécher au mois de Mai: on remuera le tout de tems en tems, pendant trois ou quatre jours, après lesquels on laissera reposer cette composition jusqu'à ce que le marc soit tombé au fond.

Ces cinq compositions ne conviennent pas toutes également à toute sorte de Garance. Il y a, dit M. Althen, telle espece de racine, qui demande uniquement la premiere, ou quelqu'autre des cinq compositions, tandis que telle autre en exige une différente. Cela suppose qu'il y a différentes sortes de Garances, & cette différence provient de celle des terroirs où elle est cultivée. Dans certaines terres la Garance est douce, dans d'autres elle est salée; ailleurs elle est âpre, &c. Ce Cultivateur ajoûte qu'il n'y a que l'expérience qui puisse déterminer sur la préférence qu'on doit donner à l'une de ces cinq compositions pour l'espece de Garance qu'on recueille, & qu'il faudra essayer toutes les cinq afin de voir laquelle fournira la plus belle Teinture.

Quant à moi, je suis très persuadé nonseulement que ces préparations sont inutiles, mais même qu'elles sont préjudiciables. Toute personne au fait de la Teinture est instruite que tout sel ajoûté à une fécule colorée en altere la couleur, & détruit même sa fixité. C'est un principe général, dont on ne peut excepter que les fécules colorées qui n'exigent point d'alunage. Si l'on emploie la premiere composition, l'Alun formera, avec des particules colorées de la Garance, une matiere dure qui sera en pure perte pour la Teinture, parce qu'elle ne pourra plus entrer dans les pores du Coton: de plus, l'Alun rancit la couleur de la Garance, qui exige précisément tout le contraire. Il en faut dire autant du vinai gre & du son. Quant à la soude & à la fiente de mouton, on n'ignore pas qu'elles ont la propriété de roser la couleur de la Garance; mais il vaut bien mieux les em ployer sur la couleur déjà appliquée au Coton. Leur emploi sur les racines ne pourroit servir qu'à tromper le Marchand, en leur donnant une plus belle apparence, ainsi que le miel qui ne peut leur communiquer que de l'onctuosité. Il vaut donc beaucoup mieux s'en tenir à choisir un bon terrein pour la Garance, à la cultiver avec soin & à former, en la pulvérisant, des poudres de différentes qualités & de différens prix.

23.3.17

Cultures du pastel, de la gaude, et de la garance. Culture de la Gaude.

Cultures du pastel, de la gaude, et de la garance,
A l'usage des Cultivateurs & des Manufactures.
Par M. Le Pileur D'Apligny.
A Amsterdam, Et se trouve à Paris,
Chez Moutard, Libraire de la Reine, Quai des Augustins.
M. DCC. LXXVI.
1776.
La Gaude ou Vaude, Luteola herba, Salicis folio, est une plante annuelle dont la racine ne pique pas profondément: elle pousse des feuilles longues, étroites, d'un verd gai, couchées sur terre & disposées en rond. La tige qui s'éleve d'entre elles, pousse à trois & quatre pieds: elle est souvent branchue, garnie de feuilles étroites comme celles d'en-bas, & moins longues à proportion qu'elles approchent des fleurs qui sont disposées en épi long, & composées chacune de trois petites pétales irrégulieres, d'un jaune verdâtre. Ces fleurs sont suivies d'un fruit de même couleur, arrondi, terminé par trois pointes, & renfermant des semences menues, brunes & presque rondes. Toute la plante, & particulierement la graine, sert à la Teinture jaune. La Gaude la plus menue & un peu roussette est la meilleure; on estime beaucoup moins celle qui est plus grande & d'un verd terne. Cette plante croît naturellement dans toutes les Provinces de France, & principalement à cinq ou six lieues de Paris, vers Pontoise.

La Gaude cultivée est bien préférable à celle qui croît d'elle-même qu'on appelle Reseda. C'est un objet considérable d'exportation en Hollande, indépendamment de la consommation qui s'en fait dans le Royaume. M. d'Ambourney a donné à la Société d'Agriculture de Rouen le détail suivant de la maniere dont on la cultive à Oissel, en Normandie.)

Au mois de Juillet, lorsque les féves blanches ou haricots sont en fleurs, on leur donne le second binage, on les rechausse, & par un tems humide, on y seme de la graine de Gaude le plus également qu'il est possible, à raison d'une demi-quarte du boisseau de Rouen (qui contient douze pots) par vergée, qui fait environ le tiers d'un arpent. Les Cultiva teurs attentifs traînent ensuite, entre les rangs de féves, un petit faisceau d'épines pour suppléer à la herse, & enterrer la graine: tandis qu'elle leve, les féves mûrissent, & on les recueille. La terre reste plantée en Gaude, qu'il faut houetter & serfouir vers la saint Michel, & laisser ainsi passer l'hiver. Au mois de Mars suivant, quand les gelées ne paroissent plus à craindre, s'il reparoît de l'herbe, il faut houetter de nouveau. Vers la fin de Juin de la seconde année, quand la fleur de la Gaude est passée, que la graine se forme, & qu'on voit jaunir la plante on profite d'un lendemain de pluie pour l'arracher: quatre hommes, en ce cas, en arracheront une vergée par jour. Si au contraire le tems est sec & la terre dure, deux jours leur suffiront à peine; on l'emporte en grosses bottes, il faut les délier aussi-tôt qu'elles sont à la maison & ranger les plantes debout, le long des murs ou des haies, bien exposées au soleil, qui, en deux jours, acheve de les sécher. Alors sur un drap étendu, pour ne pas perdre la graine qui peut tomber, d'autant plus aisément que la capsule est fendue, on fait de fortes poignées du poids de treize livres, on les entasse au renier, où elles acquierent leur matu rité & se réduisent ordinairement au poids de douze livres & demie. Chacune de ces petites bottes se vendoit, il y a vingt ans, cinquante sols & un écu; présentement elles ne valent que dix à douze sols.

Une vergée de bonne terre, où la Gaude a bien pris, en produit ordinairement soixante bottes de treize livres; mais elle est sujette à être grasse & branchue. Celle qui croît dans les sables est référable: elle ne fournit qu'un maître brin, mais à peine y en recolte-t-on trente-cinq à quarante bottes par vergée.

Aussi-tôt que la Gaude est arrachée, on fait passer les moutons sur la piece de terre pour manger l'herbe; on lui donne alors un labour, & un à la fin d'Octobre, & l'on y seme du bled ou du grand seigle, sans aucun autre compôt ni fumier. Si la terre est légere & qu'on la destine à faire des Mars, on peut sur le labour, après la Gaude, y semer des navets, qu'on a le tems de recueillir avant de labourer pour faire l'orge & le petit seigle, qu'il conviendra d'aider par un peu de rapure de cornes.

Lorsque l'on veut faire de la Gaude, après les pois, on laboure, & on la seme, toujours à raison de demi-quarte par vergée; mais ainsi que celle § navets, cette graine doit être jettée par pincées entre le pouce & le doigt du milieu: l'index reste droit & sert à éparpiller la graine qui s'échappe des deux autres. Il ne faut entreprendre que trois raies à la fois, & lorsque toute la piece est ainsi semée, il faut revenir par le côté opposé, ce qui s'appelle semer à deux jets. On herse ensuite, & l'on cultive à la Saint Michel & au mois de Mars, comme ci dessus.

Celle qu'on a semée après les pois ne décompote point la terre; & de même u'après les féves, on peut, au mois d'Octobre, y semer du bled sans fumer.

22.3.17

Färgning med växtämnen.

Dagens Press 94, 28.6.1914

[Huom.! Ainakin värjäyskasveja koskeva osio on ilmestynyt osittain samanlaisena aiemmin myös muissa lehdissä, esim. Färgning med växtamnen. (Östra Nyland 91, 20.11.1912)]
För Dagens Press.

Konsten att färga gam med växter år icke ny i vårt land, ty föricke längre än en mansålder sedan var växtfärgningen allmänt i bruk och ännu torde det finnas en och annan äldre person, som ej lämnat åsido denna nyttiga och vackra gren af hemslöjdskonsten. Denhar blottfallitiglömska, eom så myckfIannat godt från forna tider — de tider, dålitet eller intet stod att köpa och man var hänvisad till sig själf och sm egen konstfärdighet, önskade man signågot vackert i klädväg, var man tvungen att tillverka det själf från början till slut mcd linodling och fårskötsel, däraf man tog materialet till väfnadernas gam, som spanns hemma de långa vinterkvällarna vid brasanssken. När då detta garn skulle färgas, så samlades färgämnena från skog och mark. Endast 1 några särskilda fall t. ex. vid färgning af rödtanvändes utländska färger, men äfven dessa voro växter. Konsten har således varit ursprungligt folklig. Men i samma mån som industrialismen har utträngt hemslöjden har äfven hemfärgningen mcd växter fått vika för fabrikemas lätt tillgängliga, lysande och bjärta anilinfårger. Det var ju så lätt och utan möda att för 15 à 20 penni skaffa sigett pakett af färgen från staden, tömma påsen i färggrytan och få fårgen att lysa tillmedens. Den kemiska färgfabrikationens resultat har visserligen varit glänsande: i fråga om äkthet torde de nu stå lika högt som växtfärgerna, i fråga om låtthandterlighet afgjordt framom dem.

Men jämför man textilier, frambragta med gam, färgadt på kemisk väg ellermed växtfärger, så framträder dock alltid för ett känsligt och konstnärligt öfvadt öga en skillnad. Ty oaktadt alla de fördelar de kejpiska färgerna besitta, gifvn de dock ej det resultat som man ernår vid färgning med växter. Den sköna, mjuka och varma färgtonen som kännetecknar dem skall i hvarje ofördårfvadt omdöme ställas framom de skarpa kemiska färgerna, och deras harmoniska färgverkan har föranledt t. o. m. föreningen Finska handarbetets vänner att öfvergå tillbruket af växtfärgadt gam till sina ry- och andra störreväfnader, sedan densamma under sin första tid äfven användt anilinfärgadt garn, ty för konstnärliga ändamålstå växtfärgerna fortfarande cöfverträffade genom sin milda harmoni, sin fyllighet, som Aldrig blir grumlig, sin styrka, som aldrig blir rå.

Under det senaste årtiondet har öfvertygeisen om de gamla växtfärgernas värde förkonsttextilen och allmogeslöjden vunnit allt större utbredring. Särskildt på landsbygden,där man med lätthet kan insamla växtämnen till färger nr skog och mark, ulan att därför behöfva utbetala en enda penni, bör man ej förgäta, utan söka återupptaga den gamla, goda konsten attmed växter färga det hemspunna garnet till sina väfnader. Det är att höja värdet af sitt eget arbete ock det är hemslöjd i ordets riktiga och vackraste bemärkelse.

Vårt lands flora är rik pä färghaltiga växter, som kunna insamlas och användas till färgning i såväl färskt som torkadt tillstånd. Många af dessa äro talrikt förekommande öfver så godt som hela landet, andra växa mångenstädes sparsamt eller alls icke ivissa landsdelar, många äro starkt färghaltiga, som t. ex. ljungen, andra innehålla litet färgämne, t. ex. styfmorsblomman, och intressant är det att i de gamla allmogeväfnaderna se, huru traktens flora återspeglas i och ger sitt bestämda kynne åt färgernas karaktär.

Växter, som insamlas för vinterbehof, böra torkas väl ock hastigt på luftiga, skuggiga ställen. De få aldrig torka isol. Ej heller börade packas tillsammansförrän de äro riktigt torra, ty de kunna annars mögla och färgämnet däraf taga skada. Sedan de blifvit väl torra, kunna de förvaras i säckar eller lådor på torrt ställe. Bäst är dock att färga med växter i färskt tillstånd, emedan de då innehålla kraftigare färgämne. Hos några växter kan färgämnet itorrt tillstånd öfvergå ihelt olika färgnyajtser ån hos samma växt som frisk och grön. Färgskalan, som kan utvinnas af dessa våra inhemska växter år begränsad till brunt, grått, oliv och framförallt gult af skilda toner och styrkegrader. Af de många olika skiftningarna igult får man olika gröna och blågrönafärger genom att ytterligare koka garnet i indigolösning. Afvenså kan man åstadkommaolika bruna färger genomatt iden gula växtlagentillsätta sandel, kräpp o. s. v. Skulle därför en växt vara svåråtkomligpå någon ort, möterdet icke så särdeles stora svårigheter för en van fårgerska attmed några enkla tillsatser skaffa sig den önskadenyansenaf en på traktenmera vanligväxt.

Af våra inhemska färghaltiga växter kunna vid färgning användas: bark, löf,kottar, laf, mossa och rötter. Af vissa arter begagnas hela växten ofvan jord.

Barken kan tagas af: al (gråal och klibbal) samt brakal; håggbark, björkbark samt barken af äppelträd. De gifva gulgråa utom hägg- och äppelbark som gifva rödgula färger. Den bör tagas tidigt om våren, då safven stiger, och af unga, ickemosslupna grenar. Dock böradessa vara 2 à 3 år, — dess förinnanär färghalten i barken ringa.

Löf: björklöf och al löf innehålla olika slags gulfärg.

Rötter insamlas om våren innan örtennått sin fulla växt. Iallmänhet är insamlingen af dessa mödosam och ansträngningen uppväges ej af resultaten, som lättare kunna nås genom andra växtmedel. Rötterna af guloch hvitmåran, blodrotsörten och tjärblomstret gifva goda rödafärger, men hvilket arbeteår det ej att uppgräfva tillräckliga kvantiteter rötterl Bättre resultat nås vigare och säkrare med kräpp.

Berberis innehåller en mattgul färg. Häraf tages endast de unga topparna förränbusken slårut iblom. Användes endast som färsk.

Ljung tages då den står iknopp färdig att slå ut blom. Den gifver en mycket vacker olivgrönfärg. Genom att till ljunglagen tillsätta olikablandningar af hresilja, kräpp eller något annat färgämne, kunna de underba raste färgskiftningar i grågrönt, mossgröntoch mörkolivgrönterhållas.

Pors kan brukas frisk och torkad. Det är en förträfflig färgväxt och gifver kraftig guldbroncefärg.

Svinlingonriset gifver en gråviolett färg. Hundfloka gul. Dessa tre sistnämnda Böra insamlas såsom ljungen före blomningen.

Jämna bör insamlas om våren strax efter snösmältningen. Färgämnet gult, men örten kan användas äfven för betning af bresiljeblått och rödtmed gulmårans rötter.

Syra (Rumex acetosa) gifver grågrön färg. Blad och stänglar användas friska föreblomningen. Den brukas äfven tillbetning för svart och är som sådan oöfverträfflig.
Nata kan också användas endast som färsk. Gifver ungefär samma färg som jämnan.

Stenmossan, den gamla hederliga, borde ännu vara känd af mången, ty så allmän i denna landsdel har färgningen med denna växtar varit. Den innehåller en vacker och utomordentligt hållbar brun färg — rödbrun om den kokas i järngryta, gulbrun i kopparkittel. Kan användas hela sommaren och lösskrapas lättast från stenarna efter regn.

Nässlan innehåller som färsk gröngul, som torkad en vacker grågul färg. Bör användas förrän den går i knopp.

Björklaf, granlaf och granskägg gifva vackra ljusgula färger.

Hvitmåra. Som ofvani sagts, tagas af denna växt rötterna före blomningen, rengöras ach torkassamt kunna förvaras många år. De innehålla ett kraftigt rödt fårgåmne. Det är den enda inhemska växt som har nämnda färg klar och kraftig.

Ekollon användes vidfärgning af grått.

Granrisgifver en grågul färg.

Grankottar samlas om våren och försommaren, helst sådana som nedfallit föregående år och legat på marken under vintern på fuktiga ställen och ändå bibehållit sig hårda och släta. Då man bryter dem böra de inuti vara mörkbrunröda och saftiga. De innehållaen matt rödgul färg.

Skogsfräken, åkerfräkens. k. "Kråkelgräs" och ångfråken gifva olika grågula och gråröda färger.

Enbär kunna användas både som färska och torkade. De få dock ej torka på busken. Gifva en stark gulbrun eller gråbrun färg oiberoende på olika betningsmetoder.

Lökskal, som kan tillvaratagas småningom under vinterns lopp för hvarjegång man vid matlagning skalar en lök, innehåller ett mycket starkt, vackert och varaktigt gult färgämne.

Hafstång inehåller en vacker rödgul färg.

Daggkåpa. Hela örten användes frisk i förening med järnvitriol till grågröna färger.

Renlaf bör insamlas efter första barfrosten och torkas. Färgämnet kraftigt gult.

Ännu flere af våra egna växter finnas som kunna användas vid färgning, men de ofvannämnda torde dock redan kunna motsvara behofvet vid hemfärgning, vore det än aldrig så stort, öfver hufvud taget kan man med öfning och vana att begagna nyanserande tillsatser frigöra sig från en stor mängd färgväxter och färgrecept, som trots sin omständlighet och tungroddhet stått högt i ropet under den tid, då endast primitiva metoder stodo färgerskan till buds, men som nu utan saknad kunna utgallras ur praktiken.
På grund af den inhemska florans dämpade och enformiga färgskala är man tvungen att också, vid vissa behof, anlita äfven utländska färgväxter. Detges naturligtvisbland dessa både mera och mindre förmånliga arter. Endast de bästa och lättast till gängliga äro här upptagna och kunna fås å apotek, droghandel, i målares färghandel somt ofta i en välförsedd handelsbod. Af dessa torde några ännu vara mycket välkända och säkert ännu mångenstädes begagnas.

Bresilia vid färgning af svart.

Sandel är äfven en mycket bekant växtfärg och gifver vid olika slag af betning olika färger s. s. bronsbrunt, rödbrunt, o. s. v.

Krapp är den torkade och malda roten afen växt Rubia tinctorum, som är inhemsk i Orienten och äfven odlas i södra Europa. Den gifver vid tillsats af större och mindre mängder olika slags vackra röda färger påminnande om kokt kräfta, däraf äfven de gamla gifvit denna färg namnet "krabbrödt". Krapp är oundgänglig och oersättlig för åstadkommande af mättade och dämpade färger i rödt, terrakotta och rödbrunt.

Indigo fås af en växt Indigotera, som odlas i Bengalen, Guatemala, Egypten, m. fl. stållen. Den bengaliska anses vara den bästa. Den gifver en ovanligt vacker och hållbar blå färg och förekommer i handeln i tärningsformiga stycken hvilka böra lösas i rykande eller konsentrerad svafvelsyra. Denna lösning, som man bör handskas varsamtmed, uppblandar man i vatten vid färgningen. Indigon är likasom krapp oumbärlig för växtfärgaren, ty af den får man, utom den bå färgen — samman med gult — de flesta grönafärger.

Gallåppel är äfven en mycket välkänd färgväxt. Det är en utväxt på en i mindre Asien växande eksort Quercus infectoria. Gifver tillsatt med järnvitriol en vacker gråviolett färg. Fäster bra på linne och bomull och användes därför fordom vid bolstervarsväfnader. År dock utmärkt äfven vid färgning af ylle.

Catechu eller "Katicka" användes numera ganska mycket af skärgårdsbor vid färgning af fiskbragder.

Sumach användes till färgning af grått och svart.

Fernambuk (Pernambucoträ) innehåller röd färg.

Gurkmeja och gulspån gifva vackra gula färger, men då de ej äro fullt hållbara äro de ej att rekommendera. Vi kunna ju af våra egna växter erhålla lika vackra och mycket hållbara gula färger. De torde ej häller hafva användts i någon större utsträckning. Likaså Fernambuk och Sumach.

Till alla dessa ofvan uppräknade växter, såväl inhemska som utländska, fordras vid färgningen betningsämnen. Därtill användes följandekemikalier:

Alun, järnvitriol, kopparvitriol, kromsyradt kali, salmiak potaska och vinsten, röd och hvit. Dessa äro de mest vanliga och fås i hvarje handelsbod och droghandel.

För dem, som äro intresserade nog att göra försökmed växtfärgning må meddelas, att en handbok i växtfärgning utgifvitspå Folkupplysningssällskapets förlag af Finska handarbetets vänner. Det lilla häftet, hvars pris ärendast 75 penni, innehåller omkring 160 färgrecept. Med tillhjälp
och ledningaf detta samt med intresse och energi bör man kunna reda sig väl med arbetet utan någon särskild undervisning — förutsatt att man utför det med omsorgoch noggrannhet.

- J. B.

21.3.17

Cultures du pastel, de la gaude, et de la garance. De la culture de l'isatis ou pastel.

Cultures du pastel, de la gaude, et de la garance,
A l'usage des Cultivateurs & des Manufactures.
Par M. Le Pileur D'Apligny.
A Amsterdam, Et se trouve à Paris,
Chez Moutard, Libraire de la Reine, Quai des Augustins.
M. DCC. LXXVI.
1776.
Cette Plante vient très bien dans les terres qui ont été précédemment ensemencées en lin ou en chanvre; si l'on n'a pas eu cette précaution, il ne faut pas épargner l'engrais. La terre qu'on destine â recevoir la graine de l'Isatis doit être, dans les deux cas, labourée profondément en automne, afin qu'elle soit en état de se charger des influences de l'atmosphere, jusqu'au mois de Février, tems auquel on la seme, pourvu que l'air soit tempéré. Il importe peu que cette graine soit vieille ou nouvelle, mais il faut avoir attention de ne la pas semer trop épaisse. Quand la terre seroit alors couverte d'une petite quantité de neige, la plante n'en croîtroit que mieux: un ou deux jours après l'avoir semée, il faut la recouvrir de terre. On sarcle cette plante au mois de Mai; & lorsque les tiges commencent à jaunir, & sont prêtes à donner des fleurs, (ce qui arrive ordinairement au mois de Juin) on fait la premiere recolte, c'est-à-dire, qu'on la fauche, pour la laver ensuite à la riviere. On l'expose au soleil, après l'avoir lavée, & on l'étend dans un endroit propre à la faire sécher, Mais si la saison n'est pas favorable, & qu'elle soit continuellement mouillée par la pluie, elle court risque de se gâter: quelquefois même elle devient noire dans l'espace d'une seule nuit. On attend que son humidité soit dissipée, our la faire transporter dans des Moulins destinés à la broyer.

Lorsque les tiges de cette plante sont broyées, on les réduits en pâte, on en forme des tas, qu'on a soin de couvrir pour les garantir de la pluie, & l'on place tout autour des soufflets, qu'on met en action pour achever de dissiper l'humidité. On forme ensuite, avec cette pâte, des gâteaux ronds, qu'on porte dans un endroit découvert, exposé aux vents & au soleil, afin d'en chaffer, de plus en plus, l'humidité qui pourroit les faire putréfier. Ces gâteaux entassés les uns sur es autres, s'échauffent insensiblement, & exhalent un sel volatil-urineux, dont l'odeur est d'autant plus forte, que le tems est plus chaud, & qu'ils sont en plus grande quantité. Cette odeur ne se fait pas seulement sentir dans l'endroit où ces gâteaux sont renfermés, mais elle se répand dans toute la maison & le voisinage: on voit des gouttes attachées aux solives des magasins semblables à des outtes de rosées, c'est l'alkali volatil de la plante dissous par l'humidité de l'eau. Enfin, on augmente de plus en plus la chaleur du Pastel, en l'arrosant d'eau légérement, jusqu'à ce qu'il soit réduit en poudre grossiere. C'est le Pastel préparé, qui est dans le commerce, & dont on fait usage pour la Teinture.

Cette plante repousse après avoir été coupée, & il n'est pas nécessaire de la sarcler comme la premiere fois: il suffit de faire paître dans le champ un trou peau de brebis, qui mangent les mauvaises herbes, & ne font aucun tort à la lante, à moins qu'on ne les laisse trop long-tems dans le champ, parce qu'elles pourroient alors la faire coucher. Six semaines après la premiere recolte, on en fait une seconde, & ensuite une troisiéme, en laissant encore écouler une intervale de six semaines, pourvu néanmoins que la saison soit favorable, & que le froid ne se fasse pas sentir de bonne heure. Au reste, cette recolte est fort inférieure aux deux premieres, tant parce que la cha leur ne suffit pas pour faire monter dans la plante la quantité de séve convenable, & favoriser la fermentation, que parce que la saison est alors moins propre pour le lavage, l'eau étant plus froide, & que la plante séche plus difficilement. Ceux donc qui sement trop tard ne peuvent faire que deux recoltes, la premiere en même-tems que celle du bled, la secon de six semaines après. On peut semer de l'orge dans les champs où l'on a recueilli du Pastel l'année précédente, ou bien l'on ne fait pas la troisiéme recolte, afin d'a voir de la graine pour l'année suivante. Plusieurs Cultivateurs ne font pas la troisiéme, ni même la seconde recolte, soit qu'ils en aient été empêchés par l'intem périe de la saison, soit qu'ils prétendent tirer plus de profit du Pastel, en le lais sant sur pied pendant tout l'hiver, & le fauchant au mois de Février, avant de labourer la terre, pour y semer de l'orge. Mais ces Cultivateurs n'entendent pas leurs intérêts: car ce Pastel est d'une qua lité bien inférieure à l'autre; d'ailleurs, il épuise la terre, ensorte que le produit de l'orge est ensuite très-médiocre.

20.3.17

Verkkojen värjäyksestä.

Pelto ja koti 8, 1916

Muistan Pelto ja Koti-lehdessä olleen kerran pyynnön: enemmän kirjotuksia verkkojen ja nuottien värjäyksestä, sekä lujemmaksi laittamisesta.

Miten verkot ja nuotat estetään mätänemästä?

Lappalaiset käyttävät erästä keinoa suojellakseen kalanpyydyksiään mätänemiseltä, joka
keino yksinkertaisuutensa vuoksi ansaitsee tulla kalastajani tiedoksi. Kun verkko on valmiiksi kudottu, tehdään väkevää livettä koivun parkista, jossa verkko keitetään; tämän jälkeen keitetään se kalan päistä ja suomuksista tehdyssä liimassa. Tämä menettelytapa tekee verkot mustiksi ja koskettaessa kuivina kankeiksi kuin jouhet, mutta vedessä liukoavat tarpeeksi pehmeiksi. Liimaveden luulisi helposti likoavan pois, mutta niin ei tapahdu, sillä parkkilipeä yhdistyy liimaveden kanssa aineeksi, joka ei lähde verkoista. Tämmöiset verkot ja nuotat kestävät kolme kertaa enemmän kuin muut. - Pellon ja Kodin tilaaja.

Tässä maassa kai yleisemmin käytetty verkkojen värjäysaine lienee sinikivi- (blue Stone) liuos, jota esim. Columbian lohikalastajat käyttävät. - Toim.

[Huom.! Amerikan suomalaisten lehti]

19.3.17

Wall-Paper Printing Machine.

The Manufacturer and Builder 12, 1880



We illustrate herewith a very elaboraete special machine designed for color-printing wall-papers. The manufacture of wall-paper has rapidly grown during the past few years, owing to its greatly increased consumption, and both the methods of manufacture and the quality of the products have of late been very much improved.

The special machine here illustrated is made by the Tulpin Brothers, of Rouen, France, who have designed a number of machines to be used in this branch of industry, and which have been extensively introduced in Europe. The machines that have acquired special reputation, are intended for grounding, sizing, color-printing, and satining. We have only space to illustrate and describe their color printing-press, for the use of which we are indebted to out neighbor Der Techniker.

In the operation of color-printing, it is necessary, of course, to have as many engraved patterns as there are colors to be printed. In the press these patterns are engraved upon cylindrical rollers, and the roll of paper to be prnted is passed around a large drum, coming, in the course of its travel, in contact with the revolving rollers, one after the other, each roller being supplied with its own pigment by suitable rollers having endless traveling aprons dipping in troughs containing colors. The machine, as will be observed, has a general resemblance to the presses used in calico-printing. The paper is fed continuously from a large roll, seen at the top of the machine, and being kept sufficiently tant by a simple device, is passed around the large drum. The face of the drum is covered with cloth, and in its passage around it the paper receives, one after the other, the impression from the engraved rollers. The color is fed to each of the deign rollers by means of an endless apron, as seen in the engraving, passing about special rollers, each dipping in a trough of its appropriate color, and driven by suitable gearing. When the paper has passed about the circumference of the drum, it has received the impression of all the rollers, which according to the number of colors required, may be as high as eight or twelve in number. In the machine here shown, there are eight. After the paper has passed the last roller, it is passed on to a drying machine. To produce good work, these machines require to be accurately and substantially constructed, and in these respects the machines of Tulpin Brothers have acquired a well-earned reputation. The frame of the machine here shown is very solid, so that notwithstanding its high speed (3,000 rolls per day), its action is not attended with notable shocks or vibrations. The driving mechanism works smothly, all parts are readily accessible, and the deisgn rollers easily removable.

We may illustrate other machines of this special class in a future issue.

18.3.17

Kansan vanhoja värjäystapoja.

Kotiseutu 11, 15.11.1914

Noin puoli vuosisataa sitten oli kasviaineilla värjääminen vielä yleinen maassamme. Tuo taito on sen jälkeen, kun helposti saatavat ja räikeät aniliinivärit n.s. "pussivärit" ovat tulleet käytäntöön, joutunut unhotukseen. Kokemus on kuitenkin osottanut, että aniliiniväreillä on vaikea varsinkin ryijy- ja kuvakudoksissa saavuttaa tarpeellisia sopusointuisia värivivahduksia. Senpätähden otettiin Norjassa noin 30 v. takaperin jälleen käytäntöön joksikin ajaksi unohdukseen jäänyt kasviaineilla värjääminen. Suomessakin on "Suomen Käsityön Ystävät" yhdistyksen toimesta ruvettu elvyttämään kansan vanhaa värjäystaitoa. Sitä varten mainittu yhdistys toimitti "Neuvoja kotivärjäykseen kasviaineilla" nimisen kirjasen, joka ilmestyi v. 1905 Kansanvalistusseuran kustannuksella. Mainitussa kirjassa olevat neuvot perustuvat pääasiassa Norjasta saatuihin tietoihin, koska omasta maasta puuttui tarpeellisia aineksia. Kirjan esipuheessa huomautetaan, että "kasviväreille ominaisia etuja ovat: suurempi kauneus ja pehmeys, suurempi kestäväisyys (langat eivät tule hauraita, kuten usein kemiallisista väreistä), vaarattomuus terveydelle (myrkyttömyys)."

Seuraavassa pyydän esittää joukon tällaisia kansamme vanhoja värjäystapoja. Paljon värjäysneuvoja on ilmestynyt myös eräässä "Koti ja Yhteiskunta" lehteä seuranneessa "Käsitöitä" liitteessä.

*) Kramsyyra on punakeltaista, myrkyllistä suolaa, — luultavasti kromihappoista kalia, joka on kaunista punakeltaista, myrkyllistä suolaa.Pöytyällä on "sammalvihriäistä" värjätty seuraavalla tavalla: Kanervan varret pannaan kokonaisina kiehumaan veteen. Kiehuttua otetaan varret pois ja sitten pannaan langat kiehumaan noin puoleksi tunniksi. Lankojen ollessa kiehumassa pannaan sekaan "gramsyyraa"* ja etikkaa. Värjätään villalankoja.

"Koriaa keltasta." Noukitaan valkoisia katajanmarjoja ja pannaan veteen kiehumaan. Kun marjat ovat vähän aikaa kiehuneet, otetaan ne pois ja liemeen pannaan valkoista alunaa. Alunan annetaan sitten vähän aikaa kiehua, niin että se sulaa ja menee sekaisin. Sitten pannaan langat kiehumaan. Sen jälkeen ne huuhdotaan ja pannaan kuivamaan. (Pöytyä).

"Kullankellasta." Koirankuminan "kukosteet" (= kukoistukset) tai pihkalehdet keitettiin ja valkoista alunaa pantiin sekaan. Langat kiehuivat padassa värin keralla. "Villaista värjättiin kumminkin." (Pöytyä).

"Korian keltaista" värjätään koivun pihkalehdillä. Lehdet pannaan kiehumaan noin puoleksi tunniksi. (Lehdet ovat pussissa kiehumisen aikana). Sitten pannaan langat joukkoon. Sekaan pannaan "gramsyyraa". Langat saavat tunnin verran kiehua. Näin värjättiin villalankoja. Koivun pihkalehdillä värjättiin myös talvella, jos oli kuivattuja lehtiä varattu siksi. (Pöytyä).

Mustaa on Tammelassa värjätty lepänkuorilla. Kuoret saivat "pehkaantua" nipuissa jossain märässä paikassa, "laposa". Sitten ne kuivattiin ja hakattiin petkeleellä pieniksi. Sen jälkeen ne pantiin lankojen keralla kiehumaan. Sekaan pantiin vitrilliä tai sinistä alunaa. Värjättiin villasia ja pumpulisia lankoja.

**) Priksilja. bresilja, prikseli sanain suomenkielinen nimitys on sinilastu. Se on Haematoxylon campecheanum puun palasia.

***) Kuparrööki on vihriäistä suolaa. Nähtävästi se lienee rautavihtrilliä, joka on sinisenvihreää suolaa.

Pöytyällä on mustaa värjätty seuraavalla tavalla. "Krouvia" puunkappaleita ja "prikseliä"** pantiin veteen kiehumaan. Jos värjättiin villalankoja, pantiin sekaan "kramsyyraa". Pohtimisia lankoja värjättäessä pantiin sekaan "kuparröökiä"***. Ensin keitettiin kramsyyra ja sitten pantiin langat vähäksi ajaksi siihen kiehumaan. Sitten pantiin ne kuivamaan. Sen jälkeen keitettiin ne prikselissä. Jotkut panivat prikselin kappaleet pussiin, etteivät takertuisi lankoihin kiinni.

Harmaata värjättiin myös lepänkuorilla. Kuoret pantiin kiehumaan. Sen jälkeen pantiin langat siihen seokseen kiehumaan. Sitten pantiin sekaan kuparröökiä. Langat otettiin pois siksi ajaksi, että kuparrööki ehti sulaa. Jos tahdottiin värjätä langat tummemmiksi, pantiin kuparröökiä enemmän sekaan. Värjättiin sekä villaisia että pumpulisia. (Pöytyä).

Harmaata värjättiin siten, että kuivattua koivunparkkia ja tuoreen pihlajan lastuja pantiin kylmään veteen. Vesi kiehutettiin ja pantiin langat siihen kiehumaan. Sen jälkeen ne virutettiin ja pantiin kuivamaan. Värjättiin villaisia lankoja. (Pöytyä).

"Pläkinharmaata" värjättiin kuivalla "pläkilla", musteella. "Pläkin" kappaleita pantiin veteen kiehumaan ja langat siihen. (Pöytyä).

Tuomenkuorilla värjätään harmaata. Kuoret pannaan kiehumaan. Sitten otetaan ne pois ja pannaan langat siihen. Sekaan pannaan gramsyyraa tai sinistä alunaa, vitrilliä. Myöskin menetellään siten, että pannaan pussiin kuoret ja saavat kiehua lankojen keralla tunnin verran. Värjätään villalankoja ja myöskin "ihosia" eli pellavia. (Pöytyä).

Tummanharmaata värjättiin siten, että ruostuneet raudat pantiin likoamaan juuston heraan. Sekaan pantiin brikseliä ja valkoista alunaa. Langat pantiin seokseen kiehumaan. (Pöytyä).

"Mataranpunaista" värjättiin siten, että mataran juuret pestiin ja keitettiin. Langat pantiin siihen liemeen kiehumaan. (Pöytyä).

"Prikselinpunasta" taas värjättiin siten, että lepänkuoret keitettiin ja pantiin alunaa joukkoon. Langat keitettiin siinä liemessä. (Pöytyä).
"Paattanpunasta" värjättiin paattaman kuorilla. Kuoret hakattiin pieniksi ja keitettiin lankojen keralla. Vitrilliä eli sinistä alunaa pantiin sekaan. Langat virutettiin värjäyksen jälkeen kylmässä vedessä. Siitä tuli "kretliinin" väristä. Otti villaiseen paremmin kiinni. (Tammela).

"Tulipunasta" värjätään siten, että ensin keitetään vesi, johon pannaan sekaan lusikkavettä ja tinaa. Siihen liemeen pannaan langat kiehumaan. Sitten langat huuhdotaan ja pannaan kuivamaan. (Pöytyä).
"Kiventassuilla" eli "kivensammaleilla" värjättiin ruskeata l. "kaneelinpruunia". Tassuja pantiin padan pohjalle ja sitten lankoja ja taas tassuja. Vesi kaadettiin päälle. Sitten annettiin kiehua. Jos pani vitrilliä tai alunaa sekaan, tuli tummempaa. Värjättiin villaisia lankoja. Ei ota pumpuliseen kiinni. (Tammela).

"Koriaa ruskeaa" värjätään "kiventiuralla". Veitsellä raapitaan "kiventiuraa". Se pannaan veteen vähäksi aikaa kiehumaan. Sitten pannaan villaiset langat siihen liemeen kiehumaan. Kun ne ovat tarpeeksi kiehunoet, otetaan ne pois, huuhdotaan ja pannaan kuivamaan. (Pöytyä).

Myöskin Pöytyällä on "kalliosammalilla" (kivissä kiinni olevilla) värjätty ruskeata. Sammalet pantiin veteen kiehumaan vähäksi aikaa. Sitten pantiin langat sekaan ja saivat kiehua noin tunnin ajan. Sen jälkeen pantiin gramsyyraa joukkoon ja saivat kiehua vielä vähän aikaa (gramsyyra teki värin kestävämmäksi). Sitten otettiin langat pois, huuhdottiin ja pantiin kuivumaan. Värjättiin villalankoja.

"Kiventieralla" värjättiin Lempäälässä kellertävän kaunista väriä ("pruunin ja keltaisen sekainen"). "Kiventiera on kiven päällä kasvava punainen sammal." Sammalet raapittiin "lusalla" (puusta veistetty veitsen muotoinen esine). Kiventiera pantiin kiehumaan ja siilattiin pois, jos värjättiin villalankoja, mutta toiset eivät siilanneet jos värjäsivät esim. matonkuteita.
****) "Santerpruuni" nimitys johtunee nähtävästi santelisanasta. Santelia saatiin santelipuusta, jonka hienonnettua ydintä se on. Santeli on väriltään punaisen ruskeaa."Santerpruunia"**** värjättiin siten, että ensin keitettiin vesi. Sitten pantiin sekaan kuparöökiä ja sen jälkeen pantiin langat siihen liemeen kiehumaan. (Pöytyä).

"Mustansinistä" värjättiin mustikoilla. Suolaa pantiin sekaan, jotta tuli kestävä väri. Värjättiin villaista. (Tammela).

Vaaleansinistä värjättiin kissankelloilla. Kukat keitettiin vedessä. Kun vesi tuli värilliseksi, siilattiin kukkaset pois ja sitten pantiin langat kiehumaan liemeen. (Värjättiin esim. matonkuteita.) Värjääntyi luultavasti sekä villainen että pumpulinen. (Lempäälä).

Sinistä väriä myös saatiin siten, että ihoset langat pantiin kiehumaan ja sekaan pantiin kourallinen sinistä alunaa. Sitten kun langat olivat kiehuneet, otettiin ne pois ja pantiin "priksilja" kiehumaan. Sitten pantiin langat uudestaan kiehumaan priksiljaliemeen. Kun langat olivat kuivuneet, olivat ne sinisen värisiä. (Pöytyä).

- E. Vihervaara.

17.3.17

Color.

The Living Age 2594, 24.3.1894

From Longman's Magazine.

Much of the charm of life depends on the blending of the varied colors which adorn nature and beautify art. It is the want of color that intensifies the disheartening chill of winter, for a colorless landscape is stripped of its main element of beauty and fascination. The very insects are decoyed by the bright hues of flowers to follow out nature's presentative work of crossfertilization. The countenance would be expressionless in emotion without the lightning flashes from the angry eye or the roseate light of love on the cheek of maidenhood. The glory of the heavens in sunrise, the triumphal rainbow - arch, the sweet, unstained foliage of June, or the brilliant afterglow of autumn would be to the sensitive eye no more than the dead monotony of photographic effects of mere light and darkness - meaningless and lifeless.

But what is color? It is a common delusion that color is inherent in a body which retains it under all circumstances and conditions. Now, has the gorgeously colored tulip any charm during the night? Has a dark-red rose any beauty when an eye is not looking on it? It is not from a Berkeleyan point of view that this question is asked; for there is by the aggregate evidence of the senses a certainty of the material existence of what is outside of us. But when dosium is burned in a flame, the varied hues in conservatory or a drawing-room are reduced to a curious monotony of yellow. Is color, then, an inherent property of the detailed material phenomena? Very little is said about the nature of color by the ancients, though many of their poets poured forth brilliant effusions when spellbound by nature's enchantment. It is not easy to understand their ideas. They seem to have held color as a property of a body, just as its density or hardness or smell is a property. And they were of opinion that a body could communicate its color to light. Then, is not the occult cause of color in the external object?

Of course the eye has much to do with color. In the color-blind the apparent colors of objects differ widely from their colors as perceived by normal eyes. As the conception of size varies in men according to the formation of the crystalline lens in the eye - some having telescopic, others microscopic formations - so the sensation of color differs in men according to the means of impressing the optic nerves. The apparent color of any light which falls on the normal retina depends mainly on the relative intensities of the excitement produced by the light on certain organs of sense. In color-blindness one or more of these organs of sense is wanting or imperfect. The most common form (called Daltonism, from the famous discoverer of the automatic weights of the elements) depends on the absence of the red sense. From the experiments of Holmgren on two persons, each of whom was found to have one color-blind eye, the other being nearly normal, it was found that these persons could describe the various colors with one eye, but that there was a dead uniformity of color when looking with the other eye. Thus theory was verified by actual observation. A jaundiced vision blanches all nature. A large dose of the medicine santonine affects the color-sense consideraby, and, besudes distorting other colors, makes all persons incapable of perceiving violet and purple. A distinguished scientiest assures us that a purple object appears perceptibly bluer to one eye and redder to the other. Then, is not the main producer of color in the bodily organism?

There is something in the object t ooccasion the sensation of color, which is only recognized by a normal organism. These two necessary components will be again referred to in other connections.

The color of any object depends on its power of retaining or rejecting certain of the constituent colors of white light. All colored bodies possess the property of stopping some of the rays that fall on them, and reflecting others. For example, a violet body absorbs all the rays that fall upon it except the violet, which it reflects. It has been calculated, by the aid of very fine instruments, that the different color-sensations are produced by the vibration of the ether of space through which the waves of light from the object pass. Thus the waves which produce red sensations vibrate at the rate of about four hundred and ninely million million times in a second, whereas the waves which produce violent sensations vibrate at the rate of about seven hundred and forty million million times in a second. Yet it takes a definite time for the sensation to be recognized by the mind, and when the sensation is impressed, it persists for about one-seventh of a second.

The gorgeous display of the rainbow, at the sight of which the hearts of all pure-souled people leap with rapture, suggested to Sir Isaac Newton the necessity for having seven primary colors corresponding to those seen here. But Young and Helmholtz have now conclusively proved that there are only three primaries, viz., red, green, and violet. Moreover, a one-colored rainbow is occasionally observed. On Christmas day, five years ago, Mr. Aitken of Falkirk, one of the most reliable of observers, saw the rare and curious phenomenon on the Ochil Hills. It consisted simply of a red arch, and even the red had a sameness about it. Stranger still, there was also part of a secondary bow, which, too, was of a red hue - not rosy, but deep furnacy. The hills were covered with snow, the setting sun was glowing with a rich hectic light, and the depth of color on all around was indescribable in beauty. The monochromatic rainbow explained all, for the rainbow is simply nature's spectrum of the sun's light. On that occasion tehe sun's light was shorn of all the rays of short-wave length on its passage through the atmosphere, and only the red rays reached the surface of the earth. The depth of the red on the hills was, however, intensified by the overganging of a dense curtain of clouds, which screened off the light of the sky and admitted only the direct softer light. The seven colors of the spectrum are, therefore, not necessary the primary. Sir Isaac's superstition got the better of his calmer scientific judgment.

The three primary color-sensations are considered to be red, green, and violet. Certain mixtures of violet and green produce a blue; red and green also give a yellow. But it is important to observe that these are primary color-sensations, and not primary colors, though the expression "lights of primary colors" is admissible. For it is commonly imagined that the blue and yellow mixed in certain propotions produce various kinds of green. If yellow and blue pigments be mixed together with water, the green color produced is not a mixture of blue and yellow colors. It is the one color which is not freely absorbed either by the yellow or by the blue pigment. The yellow pigment removes the greater part of blue, indigo, and violet rays; the blue pigment removes the greater part of the red, orange, and yellow. Thus the light that finally escapes is mainly green. It is curious to notice, too, that the sunlight passing through glass of one color is not only of that color. What is called the ordinary solar spectrum is produced by allowing a ray of sunlight to enter a narrow slit and pass through one or more prisms. If a bit of red glass be held over the slit the whole length of the spectrum is not reddened; there is no color in the spectrum of the glass whan that color does not exist in the ordinary (rainbow) spectrum. If the red glass be pretty pure, only red and a little orange are visible in the spectrum; all the rest is cut away. Wonderful is it also that the colors seen in natural objects are chiefly residuals left after internal absorption. A tulip with green leaves can only be seen in pure light or in the corresponding colors of the spectrum. If it is placed in the red band of teh spectrum the flower shines brilliantly red, while the leaves shine dull red, not green. If moved to any other band of the spectrum the red petals become black and the green alters much.

Is there any substance known to man which has no color? It is a natural and excusable delusion to consider that pure water is colorless. Looking through a crystal vessel filled with water, one would be astonished to be told that water has an inherent hue. Waterfalls in the Scottish Highlands, where there is no contamination, present to the eye the purest whiteness, without any symptom of leadenness or tinness. Skilled observers, like the late Sir Robert Christison, consider that water is more or less colored by some suspended matter. It is now, however, known that water is a blue transparent medium absorbing the rays of the red end of the spectrum and transmitting the rays of the blue end. If a very long blackened tube, which has a clear glass plate fixed to the bottom, be filled with pure water, and through this a white surface be examined, the light transmitted will be found to be blue. Even distilled water has the same property. To thoroughly verify this, take three different sets of apparatus for the distillation and examination - one of glass, the second of brass, and the thirds with a platinum condenser.  If the color of the distilled water is due to impurities, as the impurities in these three cases must be different, the colors will also be different. But put samples of the water distilled by the three sets of apparatus into three darkened tubes (with glass plates at the ends), and through the tubes look at a bright white surface; the effect is the same in all three cases - the color is blue, almost exactly of the same hue as a solution of Prussian blue. This is corroborated by the fact that the purer water is in nature the bluer is the tint. The writer of the work entitled "Across Patagonia" describes a lake seen on the Cordilleras as one "whose crystal waters were of the most extraordinary blue he ever beheld."

Various instruments have been constructed to determine and illustrate the mixing of color-lights, but the best of these is the result of the ingenious inventiveness of Mr. John Aitken of Falkirk. A simplified form of his chromomictor, sufficient for plain experiments, can be here described. Procure a common eye-piece from any optician, and fix it to the end of a brass tube. To the other end of the tube fix a circular piece of wood, a concentric circle having been cut out of it. Into this circle fit equal sector pieces of red, green, and violet-colored glass (the three primaries). Inside of this arrange a circular blackened disc of metal, with a round opening cut out eccentrically in it, so as in one porisiton of its movement to be exactly opposite the circle with the colored glasses, and in the diametrically opposite position of its movement to uncover only a portion of one of the glasses. As the instrument is moved round by the hand this blackened plate allows the sunlight to pass through differently proportioned parts of the three colored sectors. The eye, looking through the eye-piece, receives the combination of different proportions of the three primary color-lights. By this kaleidoscopic arrangement an endless variety of tints and shades of color can be produced.

Curious effects are simply produced in this way. in the top of a box have a circular window, glazed with three sections of red, green and violet glass, so proportioned that the resultant light produced from the three is white. Place a flat, opaque ring a short distance above the white bottom of the box, and the eye will be dazzled with the gorgeous display of prismatic-like colors on the bottom. This will be covered with most varied and brilliant hues, caused by the penumbra of the opaque body being lighted with different colors on the different sides. When the red and the green circles of light overlap, a brilliant yellow is produced; where the green and the violet overlap are the blues; and the red and the violet give the purples; while in the centre, when all the three circles overlap, white is produced. This is the best practical and simple way of testing the theory of the three primary color-lights. These experimetns explain why there is so little appearance of colored light in some cathedrals, though the windows are heavily stained; though the sun blazes through brilliantly colored glass, yet there is only visible the characteristic "dim religious light."

And two colored lights which when mixed produce white light are termed "complementary." All are familiar with the changing color of printed names with the eyes open and shut, or when fixed steadily on the name and transferred suddenly to a white surface. On has too often to amuse himself in this way at a railway junction, waiting for a train. He looks on the yellow letters with an indigo-blue enamel surrounding which tell of some remarkable soap or cocoa; he lifts his eyes to the grey sky, and then he sees blue letters on a yellow enamel. If the blind on a bedroom window be white, and the light not very bright, and if the observer looks steadily at a black object on the table, on closing his eyes again he will see the exact form of the object wuite white - not a bad way of accounting for ghosts.

Colors formed though thin films of through mica-schist by polarized light are extremely beautiful. What a variety of brilliant hues in concentric circles are presented on the window of a closed carriage when the clear moon whines through on an intensely frosty night! The glorious tints on soap-bubbles entrance a Newton as well as amuse a child.

The secret of the production of color is not yet revealed. The unrivalled hues of the tulip and the rose are formed from the black soil. But how? None can say. Yet one is no less startled by the endless variety of color now produced from coal-tar. From that apparently useless substance, perfumes, medicines, and sweeteners have been formed which have startled men. But color appeals t othe eye. Only thirty-six years ago Perkin "gathered up the fragments" in coal.tar, and produced the beautiful mauve dye. Now, from the greasy material which was considered useless, is produced madder, which makes coal-tar worth a hundred pounds a ton. This coloring matter alone now employs an industry of two millions sterling per annum. One ton of good cannel coal, when distilled in gas retorts, leaves twelve gallons of coal-tar, from which are produced a pound of benzine, a pound of toluene, a pound and a half of phenol, six pounds of naphthalene, a small quantity of xylene, and half a pound of anthracene for dyeing purposes. According to Roscoe, there are sixteen distinct yellow colors, twelve orange, thirty red, fifteen blue, seven green, and nine violet, besides the number of browns, and an infinite number of blendings of all shades. What a marvellous color-producer is coal-tar!

Why is it that the colors of a soap-bubble change as the film gradually alters the thickness? Another cause of color is here involved - that of interference. If a stone be thrown into a smooth pond a circular wave is produced, gradually widening towards the edge of the pond; if a second stone be thrown into the pond, a second wave will be produced, which will influence the first. If the stones be dropped in simultaneouslyat tge same spot, the wave will just be doubled in height; and if the second stone be thrown in exactly a wave-length behind the first, the same effect would be observed. Of, however, the second stone be thrown into the water exactly half a wave-length begind the first, the motion of the water will be destroyed. Similarly with light; when light impinges on the soap-bubble, part of it is reflected from the exterior surface, and part enters the film, and is reflected from the interior surface. This latter portion traverses the water medium between the two surfaces twice, and is therefore kept behind the first reflected ray. The two sets of waves interfere with each other, and produce a colored light instead of a white light. Other waves, again, may destroy each other, and extinguish the light. Some of the constituent colors of the impinging white light - formed by their passage through the film - interfere so as to destroy each other, while others remain unaffected. As the film diminishes in thickness, the colors must necessarily vary. In this way is accounted for the marvellous variety of beauty of colors in the soap-bubble, the iridescence of oil upon water, the changing color of steel when being tempered, and the gaudiness of some insects' wings.

The beauty of dress depends much upon the harmony of colors. This is affected by a combination of the three primaries, either pure, or in combination with each other. Colors are modified in tone by the proximity of other different colors. By ordinary gas-light blue becomes darker, red brighter, and yellow lighter. By this artificial light a pure yellow appears lighter than white itself when viewed in contrast with certain other colors. In this way highly polished brass is often mistaken for silver. At twilight blue appears much lighter than it is, red much darker, and yellow slightly darker. Colors, too, have the power of influencing the beholder in various ways. We speak of warm colors - like the "rosy red flushing in the northern night;" red is then a warm, cheerful, and exciting color. We speak, too, of cold colors - like the leaden grey of threatening clouds.

The shades of blue have been lately employed to detect the grades of impurity of the air. This sanitary detective is Mr. Aitken's last marvellous discovery. The principle on which the construction of the koniscope is based has been explained before in our article on dust. A dust-particle, at a certain temperature and degree of moisture in the air, becomes a free surface to attract the moisture so as to form a fog-particle. When a jet of steam is made to pass through a tube containing dusty air, beautiful colors are observed in the steam. With ordinary condensation the color varies from a fine green to lovely blue of different depths. The pale blues equal any sky blue, while the deeper blues are finer than the dark blues seen in the sky, having a peculiar softness and fulness of color. Instead of using steam, he produced a fog by rarifying the air in a closed tube containing air, and all around wet with water. By a stroke of the air pump attached, the air became rarified, the dust-particles seized the moisture in the air and from the sides, and formed fog-particles. The same colors were seen: slight blue with ordinary air, impregnated with dust-particles. The tube of the koniscope is graduated by noticing the depth of the blue produced, and counting the number of imperfect color-sense in the compulsory class for officers' certificates, and one in sixteen in the voluntary class. Some described black as green, others red as green, pink as green, drab as green. The color test should be made compulsory for  all public servants on sea and land who have so many thousands of lives at the mercy of their eyes in discriminating the colors of signals at night.

Why is it that in the zenith we have in fine, clear weather a deep, rich blue? Because there is always above us a haze, however fine. The particles in the haze of the heavens correspond with those of the tube in the oniscope, and the blue color is caused by the light through depth of fine haze. If there was no dust haze above us, the sky would be black, that is, we would be looking into the blackness of limitless space. But through the dust haze the blue light pierces for a considerable distance, and becomes of a deep shade. Sky and sea and earth are all colored. Gladsome are all animated beings who can appreciate the fine tints and the endless variety of hues. The birds are vain in their gorgeous plumage, and ladies show their taste by their choice of harmonious colors to suit their complexion. No flash, but harmony of color, manifests the educated taste and the refined mind. "Be true to nature and nature  will be true to you," is and order which mus tbe obeyed without dispute, in color as in all else; who breaks that order will suffer sometime.

J. G. McPherson.